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sur 5

Du doc, on sait ce que l’on attend : branchements in et off entre matière d’où se prélèvent récits petits ou grands et dispositifs qui les recueillent ; entre le réel et ce qui l’encadre. Pareille mécanique est doublée en ses extérieurs lorsque, comme ici, c’est le cinéma qui fait récit. Doc sur le cinéma, comme ailleurs film sur le cinéma (cf. Doppo mezzanotte en salles au même moment), mille écueils faciles à repérer : repli sur soi, en premier lieu, qui redouble tout et ouvre sur de stériles tautologies. Entre toutes ses opérations, The Kid stays in the picture navigue un peu à vue, sans cesse sauver par ce qu’il évoque -la part didactique du film : la vie tumultueuse du célèbre producteur hollywoodien Robert Evans- toujours vilain, par contre, tant le tas de couleurs, de coiffures moches, la certaine laideur de époque qu’il traverse n’arrange pas ses affaires. Il pourrait rétorquer qu’il n’y peut rien, si ce qu’il se met sous la dent heurte le bon goût de nos yeux modernes et clean. On pourrait lui reprocher tout de même de ne pas faire certaines économies.

En guise de conducteur, Robert Evans himself lit off des passages de son autobiographie -texte assez vivant, assez ponctué, qui raconte, commente et conclut d’un même mouvement- d’une voix onctueuse et rauque de vieux crooner un peu salace. A l’écouter, on songe vite au bellâtre argenté qui souffle dans l’oreille et caresse les fesses de Naomi Watts dans la fameuse scène d’audition de Mulholland drive. On y pense encore quand la caméra s’avance, fluide, dans le Xanadu que s’est offert notre homme à Beverly Hills. Gros nœuds de cravate, pattes d’eph’, favoris et lunettes larges : on a l’impression de plonger dans les pires heures de la mode époque Bobby Ewing.

Ce n’est rien, dira-t-on encore une fois. Pour le reste, le film -hormis la traversée du living-room de Bob en steadycam- s’en remet à une foule d’images d’archives (photos, extraits, bandes sonores, etc.) montées en un méli-mélo assez indigeste. Leçon fastoche : tout n’est qu’images, la vie d’un homme et surtout de cet homme là, qui en fabriquait à longueur de temps. Leçon faible. Heureusement, mêlant people et art, business et années folles, le film n’est pas avare en anecdotes, infos, mini révélations. Ecouter tout ce que sait l’homme qui porta la Paramount au firmament en produisant Le Parrain, Rosemary’s baby, etc., on s’en doute, n’est pas une perte de temps.

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