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2
sur 5

Le film est tout d’abord remarquable par le vide qu’il transmet au spectateur. Vide de ce presbytère de Bretagne où trois femmes tentent péniblement de constituer une famille. Deux sœurs et la fille de l’une d’elles. Un manque d’équilibre flagrant. Une solitude éprouvante et omniprésente. Un manque de plaisir, un excès de désir. Le film d’Yves Angelo commence délicatement et communique une ambiance morbide et imposante. Le lit d’Alda (Emmanuelle Béart) voit défiler les hommes mariés, Olga (Sandrine Bonnaire, très bien) tait tout désir et se consacre uniquement à l’éducation de sa fille. Deux modèles aux antipodes l’une de l’autre pour la jeune fille.

Le Voleur de vie, comme on le déduit doucement, c’est le désir. Qu’il soit fantasmé ou omniprésent, le désir, ou plutôt ce qui tendrait vers sa satisfaction, est un vampire. Un amant d’Alda se suicide, et laisse derrière lui femme et enfants. Olga est condamnée par la maladie et accuse son corps de se venger de tout le plaisir qu’il n’a pas reçu, etc. On pense souvent aux films de Claude Sautet (pour l’ambiance) ou à ceux de Doillon (pour le contenu). Le plaisir devient un thème de plus en plus mondain. Citons pour l’exemple le film éponyme de Nicolas boukhrief ou le dernier de Laetitia Masson. Ainsi, Le Voleur de vie s’inscrit dans la tendance des films actuels et témoigne une foi de plus du pessimisme général du cinéma français dit d' »auteur ».
Mais (car malheureusement il y en a un), c’est un film raté. Du moins nous fait-il juste voir ce qu’il aurait pu être : un portrait de femmes contemporain enfin réussi, aux antipodes du sentimentalisme et d’un excessif moralisme, (contrairement au misérable Elles de L.G.Teles sorti il y a peu), un film pathétique et morbide sur la dépendance de l’esprit au corps. Un film sur la solitude, enfin.

Le Voleur de vie se contente juste d’être un peu de tout cela et se vide au fur et à mesure de qu’il évolue. Angelo prend parti de laisser le film en suspension, de figer le temps, mais la maîtrise n’y est pas, tout juste le sentiment. C’est déjà pas si mal et l’ambition du projet est fort louable. Mais faire un film pessimiste juste « histoire de » n’est pas une bonne idée et si le film souffre bien de quelque chose, c’est bien de son absence de finalité. Un film incomplet, à voir pour les actrices et pour la mise en scène et qui ne surprend hélas que par le caractère très éphémère du sentiment qu’il laisse à son spectateur.