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3
sur 5

Quatre ans après Les Amoureux, belle œuvre grave, il est surprenant de découvrir Catherine Corsini aux commandes d’une comédie. Certes, l’héroïne de La Nouvelle Eve, dans sa façon quasi-frénétique de consommer les hommes (ou femmes) qui passent, n’est pas très éloignée de la Viviane du film précédent. Seulement, ici, le ton est plus léger : les déboires sentimentaux de Camille sont contrebalancés par des situations à la limite du burlesque et des dialogues cyniques et souvent hilarants. Comme la définit justement son interprète, l’épatante Karin Viard, Camille est « une fille d’aujourd’hui », abonnée aux liaisons éphémères et l’assumant parfaitement. Jusqu’au jour où elle tombe passionnément amoureuse d’Alexis (Pierre-Loup Rajot), animateur de réunions du P.S., marié, père de deux enfants, et satisfait de sa situation. Mais Camille ne se décourage pas et harcèle sa proie, se lançant dans des actions parfois aux antipodes de sa personnalité -dont un déménagement très drôle- mais censées la rapprocher d’Alexis. La Nouvelle Eve est une comédie intelligente et brillamment écrite, mais qui, malheureusement, n’est pas exempte de défauts irritants. L’idée, par exemple, de mêler le sexe à la psychanalyse, même si elle est assez bien exploitée, tend à affilier le film à une certaine tendance du cinéma français qui commence à devenir systématique, jusqu’à faire office de nec plus ultra auteuriste (même si lesdits films sont toujours intéressants : Le Journal du Séducteur de Danièle Dubroux ou Le Septième Ciel de Benoît Jacquot notamment). La manière dont est abordée le couple de filles est aussi agaçante : celles-ci ne semblent pas avoir de vie en dehors d’un certain ghetto (elles font ainsi par deux fois la queue devant un cinéma affichant exclusivement des films lesbiens avant qu’on les retrouve en boîte homo). Enfin, le début du film souffre d’un manque de rythme et d’une mise en scène un peu lâche. Mais cela est finalement peu, comparé au plaisir que l’on prend à la vision de La Nouvelle Eve, qui impressionne aussi en tant que traité d’un corps moderne, grisé par le sexe à tout va, et trop meurtri pour aimer sereinement.

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