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3
sur 5

Le récit de Double jeu est entièrement construit autour d’une loi américaine absurde stipulant qu’une même personne ne peut être condamnée deux fois pour le même crime. D’où le titre américain du film portant le nom de ce décret –Double Jeopardy n’est donc pas un biopic consacré à Philippe Risoli. Pour illustrer cet état de fait, rien de tel qu’un scénario tiré par la moumoute. Libby Parsons (Ashley Judd) est une jeune femme comblée par Nick (Bruce Greenwood), son époux richissime qu’elle aime passionnément, et Matty, son adorable fils de six ans. Jusqu’au jour où, lors d’une promenade en mer, Nick disparaît, apparemment assassiné. Innocente mais jugée coupable, Libby est condamnée à la perpétuité. En prison, elle découvre stupéfaite que son mari a simulé son propre meurtre afin de refaire sa vie. Après avoir purgé une peine de six ans, la jeune femme bénéficie d’une liberté conditionnelle et n’a plus qu’une idée en tête : tuer Nick, et cela en toute impunité puisque, officiellement, elle a déjà commis son crime.

De cette histoire plus qu’improbable, le tâcheron Bruce Beresford a tiré un honnête thriller, un film de samedi soir suffisamment palpitant pour tenir son public en haleine. Bien sûr, l’ensemble manque de cohérence, et l’on se demande notamment pourquoi Libby reste en taule alors qu’elle pourrait demander à son avocat de faire des recherches sur son mari. Mais la roublardise étant l’un des jokers indispensables de l’entreprise hollywoodienne moyenne, le spectateur sait pertinemment qu’il n’aura pas sa dose de plaisir s’il se pose trop de questions. Double jeu s’affirmant comme un pur spectacle, jugeons-le ainsi, et reconnaissons-lui ses qualités de divertissement noir : personnages savamment construits (notamment le contrôleur judiciaire dont la sévérité masque les failles et que Tommy Lee Jones campe avec une belle sobriété), rebondissements attendus mais bien amenés, mise en scène conventionnelle mais appliquée. Surtout, le film bénéficie de la présence d’Ashley Judd, une grande actrice qui mériterait mieux que les produits standardisés dont elle se contente depuis quelque temps (dernièrement, Le Collectionneur ou Voyeur). Par son seul talent, l’héroïne du magnifique Ruby in paradise illumine l’écran, femme vengeresse puis mère aux abois magnifiant chaque plan par son charisme absolu. Avec une autre comédienne à sa place, il y a fort à parier que Double jeu n’aurait jamais semblé aussi intense.