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3
sur 5

Alternant cavales héroïques et brillants coups d’éclat, on s’étonne que la vie du plus célèbre hacker du monde, Kevin Mitnick, dit « Le Condor », n’ait pas donné lieu plus tôt à un film (Wargames de John Badham n’étant qu’une projection fantasmatique très éloignée du réel). Néanmoins, la principale qualité de Cybertr@que réside justement dans son refus de tout sensationnalisme. C’est à partir du livre corédigé par John Markoff, journaliste du New York Times qui a forgé la notoriété de Mitnick, et par Tsutomu Shimomura, l’un des protagonistes directs de l’histoire, que Joe Chappelle a conçu le film. Il n’est donc pas question ici d’un biopic romanesque enjolivant les faits, mais plutôt du récit précis d’un épisode de la vie du hacker : en l’occurrence, sa dernière course-poursuite avec le FBI et le spécialiste de la sécurité Shimomura. Dernière, parce qu’il faut quand même rappeler que Mitnick fut arrêté à l’issue de cette aventure. Il a été libéré en janvier dernier après cinq année de prison à Los Angeles (dans des conditions de détention dignes de la pire paranoïa américaine), mais il lui est toutefois absolument interdit d’approcher un quelconque matériel informatique et de télécommunication pendant trois ans ! Autant dire que notre homme peut faire une croix sur tout emploi dans sa spécialité jusqu’en 2003.

Produit du circuit indépendant américain (même si Miramax n’est pas très loin), Cybertr@que a le mérite de nous épargner les poncifs sur la moralité douteuse des hackers et le danger potentiel qu’ils représentent pour la société. Le thème de l’éthique, bien présent dans le film, s’insère plutôt finement dans des conversations ou des situations (en l’occurrence une rencontre amoureuse). Du reste, là n’est pas le propos de Cybertr@que qui lorgne plus du côté des polars et du film à suspens. L’affrontement entre Mitnick et Shimomura est même traité sur le mode d’un duel de western virtualisé avec ses thèmes (la lutte pour l’honneur entre deux génies de talent égal) et ses codes (la confrontation finale). Mixant divers éléments de films de genre, Cybertr@que a le tact ne pas en faire des tonnes sur le sujet épineux du piratage informatique (on imagine a contrario les dérives « nucléaires » et « apocalyptiques » qui auraient pu gonfler cette histoire tombée entre les mains d’une major !). Un regret, -et non des moindres !- : l’univers des hackers donne lieu à une représentation naïve qui cache mal une fascination assez puérile pour la haute technologie. Ainsi, des flashs impromptus et souvent incongrus ponctuent le film d’images de claviers, d’écrans d’ordinateur remplis de sombres équations. Le tout appuyé par des lumières saturées et une musique grunge censées assurer le lien avec la culture cyber punk… Ces incursions esthétisantes maladroites perturbent au final la sobriété d’un récit au sein duquel les informations ont pourtant le mérite d’être organisées habilement.