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Jacques Gelman, exilé russe, s’installe au Mexique où il rencontre Natasha, une Tchèque qu’il épouse en 1941. Ils commencent leur collection en 1943 par la commande d’un portrait de Natasha à Diego Rivera. Moderne odalisque, la jeune femme est à demi allongée sur de moelleux coussins d’un bleu profond. Vêtue d’une longue robe du soir blanche, elle porte une énorme aigue-marine à l’annulaire gauche, un énorme diamant à l’annulaire droit. Ses longs cheveux roux se détachent sur un buisson d’arums qui suivent amoureusement la courbe de son corps. Alanguis vers l’extrémité du sofa, leur corolle rappelle la découpe de la robe, ouverte sur le devant pour révéler les jambes. Par contraste le climat onirique de Paysage aux cactus, 1931, vert-jaune tempéré de beige rosé, est humoristico-surréaliste : chorégraphie de cactus, dont l’un nettement femelle.

Couleurs éclatantes chez Frida Kahlo, connue pour ses autoportraits. L’artiste se mettait en scène avec soin, l’encadrement étant parfois le prolongement de sa peinture. Diego dans mes pensées, son visage entouré d’un réseau de lignes, comme autant de perfusions qui la relient à l’onde de bois formant cadre. Nature morte avec oiseau mouche, composition florale foisonnante, s’épanouit dans l’arrondi du cadre sculpté de fleurs. Couleurs surprenantes chez Maria Izquierdo qui utilise la gouache très diluée, comme une aquarelle aux nuances fortes.
La jeune génération est tonique. Les photos couleurs de Miguel Calderón, composées avec des accessoires simples (perruques, jouets en plastique…), forment une Histoire artificielle, « de l’Homo sapiens à l’Homo armatus ». Elena Climent peint des « séquences picturales », remplies d’objets qu’elle aime ; chacun est traité avec le même soin « ultra réaliste ».

Cette exposition offre un panorama passionnant de l’art mexicain du XXe siècle, ouvert aux grands courants internationaux, attaché à ses racines, comme en témoignent les œuvres les plus récentes. Codices, Tiapayahua, 1991, série de photos noir et blanc de Gerardo Suter, « en confrontant le jour et la nuit, illustre l’un des caractères fondamentaux du Mexique d’aujourd’hui : la dualité. »
Paula Santiago, ingénieur de formation « bâtit des objets poignants de fragilité : des chemises, des armures de papiers délicats comme des plèvres. Ses œuvres sont nourries de ses hantises, mais aussi de sa chair… » Elle peint avec son sang, coud et brode avec ses cheveux : bouleversant.