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C’est Courbet, considérant le premier la mer comme un motif en soi, qui nous invite à suivre la carte culturelle dressée par les artistes venus par vagues successives travailler ou vivre sur les bords de la Méditerranée. Le visiteur est donc convié à se promener indifféremment sur les Rivages antibois des nordiques Meissonier et Monet, à sillonner le cap Martin, ou les environs de Nice avec l’inattendu Munch, ainsi que les alentours de Toulon et de Marseille accompagné par les Provençaux Montenard, Loubon, Guigou et le Lyonnais Puvis de Chavannes. Il ne faut pas oublier enfin le littoral espagnol fréquenté par Picasso et Sorolla, ainsi que la côte italienne peinte par Signorini, Monticelli et Monet, séjournant à Bordighera.

Mais que l’on ne s’y trompe pas : curieusement, et contre toute attente, ce n’est pas un parcours géographique qu’a privilégié Françoise Cachin, commissaire de l’exposition, ne respectant pas non plus la chronologie, mais une succession de thèmes parfois complexes qui ne sont malheureusement pas toujours à la portée du néophyte, qui se trouvera quelque peu dérouté. Certes, ce réel souci de confronter les artistes français et étrangers sur un même sujet occasionne d’heureuses mais trop rares rencontres entre les Rochers de Monticelli, Cézanne et Renoir, ou les Pins des néo-impressionnistes Signac, Rysselberghe et Cross, se retrouvant à Saint-Tropez. De même, si la réunion des différentes vues de ports peints entre autres par Derain, Camoin, Marquet et Dufy propose au public un savoureux panorama de quelques villes méditerranéennes, il est en revanche moins sûr que les toiles de Matisse, Denis, Cross et Roussel aient été comprises. Sans autres explications que les quelques citations littéraires courant discrètement sur les murs, ces œuvres ont en effet été réunies autour de la thématique savante des visions idylliques et virgiliennes d’un inatteignable Age d’or où l’homme vit en harmonie avec la nature.

Heureusement, ce Bonheur de vivre est réel et plus facilement perceptible dans les toiles de Puy et Dufy, témoignant en couleur, par des images de la vie méditerranéenne, de leur éblouissement visuel. Et c’est finalement ce qu’on retient en sortant d’une exposition parcourue tambour battant, de Bonnard, Marquet, Dalí et Matisse postés à leur fenêtre, portant un dernier regard sur les villégiatures qui ont entraîné tant de peintres sur les côtes de la Méditerranée, de Courbet à Matisse.