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Avant le début du spectacle, on l’a vue traverser la salle sans que personne ne la reconnaisse. Ou n’ose l’aborder. Question de contrôle, sans doute. Un thème récurrent tout au long de l’heure que Lydia Lunch passe sur scène, seulement accompagnée d’un percussionniste étonnant et du saxophone du brillant Terry Edwards (sans oublier la bande-son fournie par Joe Budenholzer, soundscaper sur la précédente tournée). En quelques secondes, elle prend le contrôle du public, qui, hypnotisé par la voix riche et les textes fascinants de la reine incontestée du spoken word, se laisse malmener en parfaits masochistes. « T’es-tu déjà réveillé avec une gueule de bois de la taille du Mississippi ? » demande-t-elle en chaloupant avec grâce sur les accords jazzy de Gone city. Des phrases comme celle-ci, Lydia les enchaîne et les balance avec délectation. Elle parle à ses fans qu’elle regarde dans les yeux, guettant leurs réactions. Et s’en amuse : un audacieux lui lance qu’il l’aime, elle répond du tac au tac qu’elle aussi, s’aime beaucoup…

Les morceaux hybrides de jazz et de cabaret façon Queen of Siam alternent avec de longues harangues à peine ponctuées çà et là d’un piaillement de saxo. Qu’elle commente l’histoire du monde (Itch) avec son mélange habituel de cynisme et de féminisme corrosif, qu’elle parle de sexe, de sorcellerie (Solomystico), de vampirisme, de torture, de solitude -quelques-uns de ses thèmes de prédilection ce soir-, elle le fait si brillamment et avec tant d’intensité qu’elle contraint son public à réfléchir, qu’il le veuille ou non. Quand elle feule et hurle Need to feed tandis que son percussionniste frappe sa batterie à coups de chaînes, que des cloches synthétiques se mêlent à des bruitages d’outre-tombe, que les murs du petit club semblent suinter le sang et la sueur, que chaque phrase énoncée révèle une vérité qui flanque le frisson, on se demande avec délice si l’on est arrivé en enfer -ce paradis des mauvaises filles et des jolies petites sorcières pour qui Lydia semble avoir pris la parole ce soir.

En cinquante-six minutes de concert et d’instants volés par une caméra discrètement voyeuse, Road rant résume la tournée française de Lydia Lunch en 1998. Produite, réalisée et habillée par Merrill Aldighieri-Balbo, déjà responsable du fameux The Gun is loaded, cette vidéo indispensable est disponible par correspondance chez :
Artschiv Productions
78 rue de la Folie Regnault – Paris 11e
Fax : 01 43 38 28 00