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Que savons-nous des reliques, hormis que leur origine est souvent douteuse et que leur culte peut hérisser, comme tout ce qui se rapproche de la superstition ?
Curieusement, qu’elles peuvent amuser : la tête de saint Augustin enfant, par exemple, est un chef-d’œuvre du genre. A Metz se tient une exposition passionnante et bien menée pour les chalands que nous sommes au sujet du parcours des reliques. Au Moyen Age elles suivaient le chemin des translations et des processions, depuis la cathédrale ou l’église jusque dans les rues de la ville, où la population se retrouvait pour la célébration « du reste » de son saint. Le musée de Metz a choisi de retracer ce chemin des reliques dans leur histoire, dans la survivance du culte et selon leur destinataire.

L’idée de l’exposition est de montrer comment les objets sont apparus dans le sanctuaire du sacré, ritualisés comme des objets liturgiques, pour se retrouver sous le signe des dévotions et des croyances populaires. Bref, comment ils sont passés, au cours de cette période, du lieu saint à la propriété privée, de l’ordre du pouvoir religieux à celui du profane. Car qui possède la relique détient aussi son pouvoir : celui de la domination sur les autres églises et celui de drainer les foules de fidèles autour de la croyance qu’elle suscite.

Les pièces de l’exposition sont étonnantes et rares. Dans la première section consacrée aux reliques des grands monuments religieux de Metz, la Chape dite de Charlemagne (xe siècle) aux trois aigles tissés de fil d’or sur une soie rouge atteste l’importance de la lignée carolingienne dans la ville. La représentation du pouvoir sous ses insignes fastes et puissants ne changera donc pas beaucoup jusqu’au xixe siècle. La Châsse de l’adoration des mages déploie une merveille de l’ornementation du bestiaire médiéval. Une église miniature d’un mètre de haut en calcaire, chef-d’œuvre de la statuaire gothique lorraine du xive siècle, contenait derrière une grille forgée des reliques conservées comme un trésor. Car la relique aime à se cacher et à se parer des plus beaux atours pour mieux s’exposer. Voir un os esseulé nous ramènerait trop brutalement à notre condition de mortel ; il faut donc que le reste de la dépouille humaine dépasse sa nature et que l’au-delà remplace la prosaïque disparition. Les bras reliquaires en argent enserrent le peu probable os restant d’un saint. Ce qui est montré, ce n’est donc pas la finitude de l’homme mais la richesse avec laquelle il s’acharne à perdurer dans le temps. Pas de cadavre, peu de reliques au sens strict mais des sanctuaires portatifs qui manifestent la présence physique posthume du saint sur terre. Les deux tombes d’évêques reconstituées montrent qu’à l’intérieur même du tombeau, le rang de l’inhumé fait encore l’objet d’une mise en scène de ses attributs.

La deuxième partie de l’exposition s’ouvre sur la légende de l’origine du christianisme à Metz où l’aspect populaire du culte des reliques est particulièrement bien traité. L’histoire des processions de la ville autour du dragon Graully (dont on peut admirer les véritables ailes, présentées comme des curiosités dignes des cabinets de ce nom) montre à quel point la relique structure le corps social : c’est autour d’elle que l’unité de la société peut être célébrée. Des livres d’heures richement peints témoignent enfin de la dévotion personnelle et de l’avènement d’une classe sociale aisée qui pouvait, chez elle, posséder ses propres trésors.

L’authenticité de la relique n’a donc aucune importance. Ce qui compte, c’est leur pouvoir d’attraction auprès des foules durant tant de siècles. Leur pouvoir fut-il augmenté par l’ignorance et la crainte ? Sans doute. Il nous est certes difficile d’imaginer ce qu’elles représentaient dans l’imaginaire collectif mais l’éclat de leur parure demeure fascinant.