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Le musée-galerie de la Seita propose une fois encore une exposition de choix. Succédant aux dessins et aquarelles d’Egon Schiele et aux dessins de Gustav Klimt, présentés respectivement en 1992 et 1994, l’exposition d’une sélection d’oeuvres du peintre et écrivain Kokoschka, complète un « cycle » sur les expressionnistes autrichiens. L’exposition s’ouvre sur des dessins de nus aquarellés au cerne dur et anguleux qui rappellent ceux de Schiele. Une même cruauté habite ces corps décharnés, à moins que ça ne soit de la détresse… Parfois le trait se fait maladroit, hésitant, mais il n’en est que plus touchant. Parfois c’est la couleur qui s’exprime, elle est alors violente : sur le visage de la Jeune fille à la pomme se répondent le jaune acide et le mauve, le bleu et le sienne, à larges et vifs coups de pinceau. Cependant, c’est dans le portrait que l’art de Kokoschka hypnotise. Celui, à l’huile, du poète Paul Scheerbart trouble par l’impression d’évanescence qui s’en dégage : la toile reste largement apparente, les détails semblent à peine esquissés et sont pourtant très descriptifs (la manière de tenir négligemment le cigare, la cravate nouée loin de la gorge, les yeux cernés). Cette proximité du personnage, mêlée à la transparence des pigments, lui confère une fragilité qui n’est pas celle qui est attachée à un caractère et qui se lit dans le regard, mais bien celle qui est inhérente à la qualité d’humain, de mortel devrions-nous dire.
Sans vouloir faire de rapprochement d’idées sinistre, on peut quand même s’interroger sur l’intérêt pour la Seita d’avoir en plus de son musée sur le tabac (succintement mis en scène dans une double vitrine), une galerie, à laquelle s’ajoute un lieu de projection. Ces activités font un peu penser à une recherche de « respectabilité »… Quoiqu’il en soit, les choix d’exposition sont toujours pertinents : ils permettent de découvrir des œuvres, voire des artistes peu connus ; comme ce fut le cas il y a un an pour Léon Spilliaert.