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Attention ! Turrell est parmi nous. Cet artiste californien -« le plus grand artiste de la seconde moitié du XXe siècle » (Guy Tortosa)- étant peu présenté à Paris, l’occasion est toute trouvée d’aller voir son exposition. On le sait, Turrell travaille la lumière et sa perception, deux disciplines qu’il étudie depuis une trentaine d’années. Pas la lumière qui éclaire mais la lumière qui crée un espace physique. Ses œuvres les plus spectaculaires impliquent toujours le spectateur dans un rapport entre le phénomène lumineux et sa perception dans l’espace. Deux œuvres de cette catégorie sont présentées dans cette exposition. La première appartient à la série des Cellules de perception (Perceptual cells) : debout dans une sorte de cabine hermétique, la tête plongée dans un globe de couleurs dont on peut moduler et l’intensité et la teinte, on a la très forte impression de tomber dans un puits coloré sans fin. La deuxième œuvre, de la série des Wedgeworks, est un dispositif plus grand : l’artiste crée, dans un environnement obscur, plusieurs écrans de lumière différente et, avec un rayon lumineux, dessine une figure géométrique qui traverse la salle en diagonale. L’objectif est de ressentir la perspective de profondeur née de la lumière-couleur, cette densité immatérielle.

La grande majorité des œuvres présentées, environ 70, ne relève pas de dispositifs lumineux et c’est un peu dommage. En revanche, elle présente l’œuvre de Turrell sous un aspect plus laborieux de préparation, d’études et de maquettes d’architecture, reflétant la part expérimentale de son travail et son désir de bâtir. A noter tout de même, la série complète des First light, exceptionnelles gravures montrant des volumes lumineux nés d’une projection de lumière halogène dans un angle de murs. L’exposition insiste sur son projet phare : Roden Crater, du nom d’un volcan éteint dans le désert de l’Arizona. Ce volcan, dont il est propriétaire, est en passe de devenir un lieu mythique, tant il est censé concentrer toute la science de l’artiste. Il l’a aménagé en plusieurs galeries souterraines de circulation, places et stations, qui permettront d’assister à la naissance de phénomènes lumineux naturels exceptionnels. Il ouvrira en octobre 2000. Tout y est : site grandiose, méga-projet, évocation mystique. Pour l’instant le plus « parlant » est le film de Carine Asscher, Passage ways, présentant le projet et son environnement ; car les nombreuses photos aériennes du volcan, que Turrell rehausse de dessins d’architecture à l’encre et à la cire, sont plutôt ennuyeuses.

Tout le monde peut apprécier ce travail, pas besoin d’être muni d’un certificat d’amateur d’art contemporain, même éclairé : la « lumière » de Turrell est dans l’esprit de chacun. Il dit lui-même : « Parce que le vocabulaire de la critique d’art s’est développé autour du petit monde de la peinture, j’accepte les explications étranges de gens à court de mots. » Son travail trouble en effet plus d’un critique (d’art) qui tente d’en sonder la portée réelle.