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Faisant partie de la « Génération Perestroïka », son objectif a fixé le processus de destruction des derniers éléments de la propagande soviétique (1987-1996), tout en saisissant l’air du temps avec un travail sur le thème de la ville et de la jeunesse. Ses photos de Moscou et Krasnodar nous montrent un monde en pleine mutation. Dans les rues en chantier (Moscou 1997), un jeune homme en bras de chemise marche d’un pas décidé. Un badge accroché à sa poche de poitrine accentue son côté jeune cadre américain en décalage sur ce fond de reconstruction. Une affichette accrochée sous un abribus propose des leçons en « English » (Moscou 1995), un panneau précise en caractères latins ce que le cyrillique annonce : un « Scandinavia Restaurant » (Moscou 1996). Un vétéran en grand uniforme surchargé de médailles (Moscou 1996), sac en plastique à la main, compte sa monnaie pour voir s’il peut se payer le « Fransk hot dog » ou le « Ristet hot dog » annoncés en caractères latins sur la baraque à frites qui est derrière lui. Avant ou après un défilé (Moscou 1997), deux participants se tiennent à l’écart de la foule, leurs drapeaux bien enroulés dans leur étui. Ne dépasse que l’insigne de la faucille et du marteau surmontés d’une étoile, qui projettent leur ombre sur le front du plus âgé. Symbole de son attachement aux anciennes valeurs ? Trace d’un passé qui marque encore certains esprits ?

Beauté du noir et blanc, dont Moukhine exploite la lumière qui, jointe à son sens de la composition, donne la photo ci-contre (Krasnodar 1998), prise dans un bus. Sens du détail, avec un gros plan sur une repasseuse qui semble être la seule à travailler dans son atelier, avec un vieux fer électrique au fil bricolé. Très soignée, le cou orné de chaînes, l’un de ses longs ongles laqués de clair laisse voir une petite écaillure très nette.

Au cours d’une fête de la jeunesse, des amoureux s’enlacent au milieu de la foule. Ils s’embrassent sous l’éclairage cru d’un parking rempli de camions, si fragiles devant l’alignement impressionnant des mastodontes. Deux jeunes filles dans leur belle robe de bal (Anapa 1998) posent devant un mur de parpaings. Sens de la matière, décalage et tendresse, avec l’humour en prime lorsqu’il surprend sur le ferry deux jeunes filles : de dos, bien bronzées dans leurs vêtements clairs ; le vent, soulevant une jupe, révèle une mignonne petite culotte noire (Krasnodar 1998).
omment dites-vous « les amoureux sont seuls au monde » en russe ? Dites-le avec des photos d’Igor Moukhine.