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L’art « contemforain » d’Adrienne Larue. La Compagnie Foraine occupe une place à part dans l’univers du cirque contemporain. Déjà classique sa démarche reste unique, elle tend à jeter un pont entre art moderne et monde forain. C’est cet « équilibre », qui n’a rien d’une évidence a priori, qui fait la richesse précieuse des spectacles d’Adrienne Larue. Que vient faire par exemple Marcel Duchamp et ses ready-mades sous les pleins feux d’un chapiteau ? Pourtant l’installation, le bricolage machiniste, la performance sont au centre du dispositif de la Compagnie Foraine. Voilà donc l’Et qui libre ? (instable) qui donne son titre au dernier « show » hybride présenté à la Villette.

Les affinités d’Adrienne Larue n’ont rien du hasard, si l’Arte Povera et Supports/Surfaces restent les principales formes qu’elle convoque, c’est que le cirque les contient d’une certaine manière. Les cubes et les cylindres de toile de Daniel Buren rappellent l’amplitude des surfaces bâchées du chapiteau, le cheval-machine de Gilbert Peyre perpétue le constructivisme permanent du cirque classique. En cela Et qui libre ? en revient au cirque de la première moitié du siècle, lorsqu’il était à la pointe de l’innovation technique. Le High war de Toni Brown catapulte les funambules dans une psychadélie d’images vidéo, ce qui n’est pas loin de la pyrotechnie circassienne traditionnelle, tandis que la Table molle d’Alain Sonneville qui sert aux acrobates, est dans le mille du collant, du fondu, qui est le propre de certains clowns. On pourrait faire le même parallèle avec les œuvres de Kounellis ou de Boltanski.

Le circuit du montage du spectacle est tout aussi signifiant, assemblé au Domaine de Kerguéhennec, il a été créé au Fresnoy d’Alain Fleischer. Mais une question se pose quand même. L’art contemporain n’induit-il pas une visibilité qui contredit celle du cirque ? Le montage d’installation peut-il se substituer à une logique de numéros ? De fait le cirque, et ses évolutions virtuoses, sa présence animale, paraît souvent gêné aux entournures dans Et qui libre ?. On se met à penser qu’il manque quelque chose pour que l’alliage prenne vraiment. Sans doute la force d’une dramaturgie qu’Adrienne Larue avait merveilleusement trouvée dans son Lear-éléphant, adaptation shakespearienne de l’univers forain. A ça près, on ne peut se passer d’aller vérifier que cette dernière création est une aventure de plus. Qu’elle touche son but ou en dévie n’a que peu d’importance. La recherche de la Compagnie Foraine vaut beaucoup d’autres « réussites »…