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sur 5

Que ceux qui ne voient en Daumier que le caricaturiste du journal satirique Le Charivari aillent admirer l’étonnante maîtrise de celui qui -selon Baudelaire- « a éparpillé son talent en mille endroits différents ». Et que ceux qui connaissent les multiples facettes de l’artiste, aillent aussi se régaler l’œil ! L’exposition du Grand-Palais propose, non seulement une incursion plutôt complète dans l’œuvre de Daumier, mais en plus, elle le fait bien.

Le parcours connaît plusieurs temps : d’abord les caricatures politiques, lithographies et modelages en terre. Ensuite les gravures plus sociales –Daumier a séjourné en prison pour avoir exprimé un peu trop ouvertement son désaccord vis à vis du gouvernement du roi Louis-Philippe et puis la censure se fait de plus en plus dure. Désormais, mieux vaut pour lui pointer du doigt les mœurs de son époque. Il y prend particulièrement plaisir avec les Bas bleus, Femmes savantes du XIXe siècle. Critiques politiques ou sociales, quel que soit le sujet, la justesse du trait reste saisissante, autant celui de l’esprit que celui de la main.
S’installent alors, petit à petit, sur les cimaises, les huiles et les aquarelles. Pour autant, la couleur ne fait pas perdre au dessin sa vérité : les mouvements, les gestes, les attitudes, les physionomies restent très exactement saisis. Seulement, les jeux de lumière -déjà très présents dans les lithographies et guidant l’œil du spectateur- se complètent d’un autre effet : Daumier semble ne pas finir ses œuvres. Se confrontent ainsi dans une même composition détails très travaillés et silhouettes ébauchées. Seul l’important est mentionné. L’économie de moyens plastiques permet de ne s’adresser, en premier lieu, qu’à l’entendement de celui qui regarde, afin de se faire comprendre très vite. C’est bien la moindre des choses pour un artiste qui vient du dessin de presse.

Ainsi, le talent de Daumier se donne à voir en plus de trois cents œuvres sans jamais lasser. La diversité des créations et leur pertinence y sont pour beaucoup. La scénographie de l’exposition aussi : elle sait ménager des espaces de respiration et susciter, chez le visiteur, de l’intérêt pour chaque nouvelle partie en lui donnant une tonalité, tant par le coloris des murs que par l’aménagement des espaces.