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Bernard Frize est un peintre qui s’efface devant l’acte créatif. Le choix de ses techniques le prouve. Ainsi recouvre-t-il une toile d’une multitude de lignes à l’aide d’un pinceau très fin, le traînard, que les peintres de marines utilisent pour tracer les cordages des bateaux. Il affiche alors son appartenance à une certaine forme d’artisanat dans laquelle le geste se fait minutieux et répétitif. Ce geste peut atteindre une dimension mécanique lorsque le motif ne devient qu’un tissage systématique de larges lignes qui ne semble pouvoir provenir que d’une machine à peindre.

Cependant, le résultat n’a rien d’une froide expérimentation : sur de grands formats, les couleurs pures s’entremêlent, se succèdent, se croisent, se juxtaposent. Parfois le pinceau est assez chargé, la matière reste dense, parfois la toile apparaît à travers les traces de la brosse. Peinture, toile, pinceau, une façon, pour Bernard Frize, de rappeler sa filiation à l’histoire de l’art. La sensualité qui se dégage de ses œuvres se trouve contrariée par l’aspect cireux des toiles qui met une distance entre le spectateur et l’objet de sa contemplation. Mais cette distance procure la frustration que l’on peut connaître face à une convoitise qui ne se laisse pas saisir.

Le travail de Guy Tosatto, conservateur du Carré d’Art, ressemble à une grande quête : faire découvrir des artistes vivants, leurs recherches, avec, toujours, un grand souci des œuvres. Celles de Bernard Frize bénéficient d’un accrochage d’une grande sensibilité. Ainsi les toiles se répondent entre elles en une déclinaison de séries, sans perdre leur intensité propre. Tout est donc réuni pour découvrir l’œuvre de Frize et pour l’aimer.