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Confronter l’ancien et le contemporain, la mémoire et la création actuelle, représente un pari risqué auquel l’artiste Ange Leccia s’est confronté avec aisance grâce à trois installations (dont on a pu voir certaines pour La Beauté en Avignon) présentées au sein du château des Adhémars. L’art vidéo se prête volontiers aux grands espaces et c’est avec plaisir que l’on déguste, projetés à même les pierres du château médiéval, le lyrisme de La Mer aux flots incessants et l’abstraction d’un Orage d’été, avant une petite indigestion de Chansons populaires, portraits musicaux d’adolescentes. Le travail d’Ange Leccia prend une forme minimale à contre courant d’un modèle technoïde où chaque seconde, chaque parcelle d’écran, sont surchargées d’informations.

Contempler ces installations, c’est contempler notre propre échelle du temps, notre propre rapport aux éléments, à la nature et à la sensibilité qu’elle nous offre : une pause de vidéothérapie. Les grandes pièces vides du château sont un magnifique écrin à l’art vidéo ; ces projections donnent au monument une impression de vie. Deux bandes audio se parasitent et donnent un mix surprenant, cette rencontre sonore fait dialoguer les oeuvres entre elles comme un liant virtuel. La chanson Petite fille du soleil de Christophe est ainsi rythmée par un son d’orage, estompant la mièvrerie par trop illustrée de Chansons populaires.

Artiste de son époque, Ange Leccia participe également sur le Net à deux commandes publiques. Entrée libre regroupe quinze créations originales d’artistes contemporains réalisées pour le réseau, commande de la Délégation aux Arts Plastiques du Ministère de la Culture. L’artiste propose Identification d’une femme, un portrait très « warholien », une « peinture en ligne » dont le motif principal reste statique alors que les variations chromatiques sculptent le visage d’Isa et lui donnent vie. Passifs, on contemple dans une quiétude douce-amère, comme hypnotisés : « Mes pièces sont comme des sabliers, des moments qui s’épuisent et se régénèrent sans cesse ». L’artiste réunit avec cette animation Flash ses principales caractéristiques artistiques : lumière, actions en boucle, simplicité de traitement et de sujet, mise en avant d’un motif principal.

Autre création en ligne : une commande du Centre des Monuments Nationaux. Changement de temps proposait à sept artistes français d’investir différents monuments français avant de plonger dans le troisième millénaire. Le site de l’opération permet aux surfeurs d’interagir avec les artistes. Ange Leccia a offert à l’ancienne Abbaye de Cluny un balayage de lumière donnant au bâtiment une immatérialité, une spiritualité propre au lieu. Sur le Net, il s’agit d’envoyer une image ou une vidéo. Hélas, le site souffre de la comparaison avec l’installation. Cette collaboration est maladroitement présentée en ligne, l’interface ne sert pas la création. L’ergonomie et la technique du site sont mal adaptées à l’ampleur de sa proposition. Déception.

Ange Leccia a l’audace d’explorer différents média, d’adapter son travail en fonction du support, des vieilles pierres médiévales aux murs high-tech du réseau, ses œuvres illustrent à merveille ce qu’est un artiste multimédia.