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Au premier abord, on pourrait croire qu’une telle exposition témoigne plus des vestiges de l’Antiquité, de ses sculptures et de ses athlètes grecs, que des traces qu’elle a laissées dans la création artistique contemporaine. On entre en effet par une salle où défile au centre un gladiateur aux muscles saillants, entouré de diverses sculptures toutes plus symboliques les unes que les autres : la louve allaitant Rémus et Romulus, le Tireur d’épines, un sanglier, un pugiliste… Mais dès que ce stade de pré-découverte est dépassé, l’objectif réel de l’exposition se dévoile.

Elle ne montre pas seulement des chefs-d’œuvre aussi bien gréco-romains que contemporains ou modernes, elle s’attache à révéler quelle relation étroite ces deux parties ont entretenue et entretiennent encore, à démontrer que l’Antiquité ne cesse d’être une source d’inspiration pour les artistes et les courants qui lui ont succédé. Le parcours qu’ont choisi les trois commissaires, Jean-Pierre Cuzin, Jean-René Gaborit et Alain Pasquier (conservateurs généraux chargés respectivement des départements Peintures, Sculptures et Antiquités grecques, étrusques et romaines du musée du Louvre), se divise en douze sections thématiques parmi lesquelles le chapiteau corinthien, la statue équestre, le tireur d’épines, le gladiateur Borghèse ou la Vénus de Milo. Dans chaque section, les œuvres sont rassemblées par technique artistique : peinture, gravure, sculpture et photographie. L’ensemble forme une symbiose relativement organisée dans laquelle se trouve plongé le spectateur.

Pourtant au milieu de cet ordre, de ces cadres si alignés et de ces sculptures si correctement installées sous cloche, jaillit une photo datant de 1935, de Paul JR, Nu derrière les colonnes romaines, laissant s’immiscer une touche de féminité parmi ces corps si athlétiques et masculins. Un soupçon de désordre dans une présentation si nette et soignée. Un décalage original et surprenant qui donne envie d’en voir encore plus. Les versions de la Vénus de Milo revue et corrigée par Magritte, Dalí ou Arman nous en donnent rapidement l’occasion : Métamorphose topologique de la Vénus de Milo traversée par des tiroirs de Dalí, ou la Vénus Crantée d’Arman. A ne manquer sous aucun prétexte. Pour les plus classiques, l’original reste disponible salle Sully.

Encensée au point de devenir un modèle dans l’enseignement des beaux-arts, copiée, retouchée, ridiculisée, elle n’en continue pas moins à inspirer chaque artiste (même celui qui renie cette période). La preuve est là : l’Antiquité reste un référent majeur de toute création artistique, quelle qu’elle soit. C’est certainement là l’une des plus belles façons de la perpétuer.

Finalement, vieille de 2 000 ans, l’Antiquité se porte plutôt bien, évolue avec son temps et les technologies de pointe (hologrammes, vidéo…). Ces quelques retouches lui réussissent mieux que les outils et procédés les plus performants de la conservation !