PARTAGER
3
sur 5

Il faudra d’abord se faire à cette idée : Tardi a d’ores et déjà réalisé son chef-d’œuvre sur la Grande Guerre, C’était la guerre des tranchées. Après un tel sommet, et comme il ne s’est apparemment pas décidé à mettre sa fixette obsessionnelle de côté, il ne lui restait plus qu’à appliquer le bon vieux principe hawksien des variations sur le même thème. Varlot soldat reprend donc le personnage du Der des ders et lui fait subir les situations récurrentes des albums de Tardi estampillés Première Guerre mondiale : boucherie hallucinée, mutineries, pelotons d’exécutions, errances céliniennes dans les campagnes dévastées, j’en passe… A l’est, rien de nouveau… A tel point qu’on se demande ce que Daeninckx a bien pu apporter ici de particulier à l’univers de Tardi. A priori pas grand chose, Varlot soldat ne déviant pas d’un iota de la ligne tracée par C’était la guerre des tranchées.

Surtout : pourquoi l’Association ? On comprend bien l’intérêt de la jeune maison d’édition d’intégrer une grande signature confirmée dans son catalogue. Mais on s’attendait à ce qu’on nous fasse découvrir un « autre » Tardi, plus inhabituel, plus inattendu, peut-être plus autobiographique -puisque c’est la marque de fabrique de l’Association-, ou plus onirique. Evidemment, on ne voudrait pas ériger la recherche compulsive de l’originalité en dogme talmudique. D’autant que le dessin de Tardi est toujours aussi puissant et évocateur, le ressassement n’entachant en rien le malaise ressenti devant la violence expressionniste de certaines planches. Mais c’est tout de même un peu court (dans tous les sens du terme)… Ne nous emballons pas, l’initiative est quand même diablement séduisante, et puisqu’il faut toujours un premier pas, on considérera ce Varlot soldat avec toute l’indulgence qui s’impose, comme un maillon pas vraiment indispensable de l’œuvre de Tardi, plus confirmateur que révélateur de ses obsessions. En espérant que d’autres guest-stars viendront plancher chez les agités de l’Asso et qu’ils prendront cette fois le risque de nous dévoiler leur côté obscur ou leur face cachée…