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sur 5

C’est un trésor graphique qui refait surface : 270 pages inédites, soit la quasi-totalité des premiers travaux de l’enfant sauvage du comics underground. Personnages enfantins et lettrages sanglants, mélange de naïveté et d’obsessions noires, influence des bandes dessinées horrifiques des années 50… Tout le vocabulaire de Hayes est en germe dans cette préhistoire qui possède la puissance propre aux oeuvres élaborées à huis clos : des bandes dessinées perturbées, illustrations mutantes et autres rubriques de journaux d’enfants élaborées bien avant la publication en 1969 de son premier Bogeyman comics par un dessinateur à peine pubère. Ces crayonnés distordus n’ont pourtant rien d’ébauches, et choquent moins par leur noirceur psychotique que par la fulgurance de leur fausse maladresse. Eternel outsider dans le cénacle bienveillant à son égard des dessinateurs de l’époque, Hayes resta d’une constance étonnante : le genre de profil ridiculisant instantanément les poses et plans de carrière des petits marquis dédaigneux, mais au prix fort d’une destinée junkie qui ne connaît que rarement le happy end.

Ce nouvel ouvrage fait plus que compléter l’anthologie publiée par Fantagraphics, WhereDemented Wented, que l’on croyait exhaustive. Il fait voler en éclats les repères, tant l’œuvre brut de jeunesse ici révélée ne se présente aucunement comme un brouillon de l’oeuvre publiée, mais la tutoie d’égale à égale. Les indispensables co-éditeurs United Dead Artists et PictureBox ne s’y sont pas trompés : d’un côté, la structure magique de Stéphane Blanquet, de l’autre celle de l’américain Dan Nadel, inconditionnel militant de la remise en lumière de ce grand méconnu. Totale réussite: cette exhumation inespérée a le goût précieux du plaisir sans calcul, celui d’un étrange adolescent dessinant avec son frère dans les marges de l’Amérique des années 60 ces mètres d’histoires pures et dérangées, vaudou et somptueusement singulières.