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3
sur 5

Premières cartouches regroupe les premières réalisations du récemment primé Pascal Rabaté. Fort du succès (mérité) d’Ibicus, auquel on peut toutefois préférer Un Ver dans le fruit et Les Pieds dedans, chroniques de campagne grinçantes et réalistes, Rabaté se plie donc à une certaine mode paléographique et exhume quatre travaux dont il n’a pas à rougir : Exode, Vacances, vacances (déjà parus chez les indispensables éditions Futuropolis), La Mort de Monsieur Kassowich et Les Amants de Lucie (seule œuvre à avoir connu une retouche).
L’intérêt premier de ce type de publication est généralement d’ordre génétique. La judicieuse disposition de l’album permet de reconstituer à rebours la formation graphique de l’auteur, de même que ses inclinations en matière de littérature et de bande dessinée.
Exode, qui date de 1989, et qui met en scène la fuite pathétique du petit village de Virrac face à l’avancée des Allemands en 1939, doit tout autant à l’univers graphique du regretté Alexis qu’à l’humour noir et ravageur d’un Marcel Aymé, notamment dans Uranus. De même, l’étrange prose du maire de Virrac, dans ses discours enfiévrés à la population, est un clin d’œil irrésistible et respectueux au maire d’un autre village, celui de Champignac-en-Cambrousse, lieu clé du monde de Franquin.

Vacances, vacances, au-delà de la simple chronique potache d’une bande d’adolescents à la recherche de leurs premiers émois, permet à Rabaté d’opérer un changement décisif dans son approche du noir et blanc et du clair-obscur. Et les scènes d’ivresses vécues par l’un des protagonistes annoncent la déformation grotesque de la réalité adoptée par la suite. Passons avec indulgence sur La Mort de Monsieur Kassowich pour en venir aux Amants de Lucie. Cette nouvelle préfigure plus que toute autre les œuvres à venir : personnages déformés à la Rembrandt, univers délétère et médiocre fait de haines et de frustrations, autant de traits que Rabaté partage avec de jeunes auteurs tels Dumontheil (Qui a tué l’idiot ?) et Nicolas de Crécy (la série des Léon la Came).
Un achat qui s’impose pour les amateurs de Rabaté, et même pour les autres, à un moment où la production générale de Vents d’Ouest déçoit quelque peu.