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4
sur 5

« Il était remarquable à plusieurs titres, mais ce qui en faisait une figure vraiment étonnante, c’était un manque de sens moral vraiment exceptionnel… » : ainsi parlait Ivan Bounine d’Alexis Nikolaïevitch Tolstoï, qui prit le parti des russes blancs au moment de la révolution d’Octobre 17 avant de rentrer en Russie soviétique pour collaborer avec le pouvoir en place. Son goût pour l’histoire se retrouve dans son roman humoristique retraçant les aventures de Nevzorov (ou Ibicus), dont Rabaté nous donne aujourd’hui une version personnelle tout en respectant « l’esprit » de son auteur.

Planches en noir et blanc afin d’accentuer les menaces qui pèsent sur les protagonistes de l’histoire (un comte peu scrupuleux décide de s’enrichir par tous les moyens, y réussit, puis connaît une longue déchéance avant de prendre la fuite…), sources historiques précises et un certain goût pour la décomposition (ces visages décharnés, ces ruelles sombres où l’on meurt d’un coup de feu tiré sans sommation) font de cette BD (ce n’est que le livre premier) une œuvre captivante. Ajoutons à cela un sens remarquable de l’auteur pour le mouvement, les situations paroxystiques et pour dessiner la peur et voilà qui devrait finir de convaincre les derniers réticents.