Plus fort que le nouvel Astérix, c’est le Gaulois Moolinex qui truste la rentrée avec deux livres coup sur coup : un Sergent Coloriage grand formatchez United Dead Artists, et la réédition d’un Art Pute Carnet de 2001 en fac-similé intégral et pétaradant. Étrangement extirpé d’un vortex de 12 ans, ce second objet nécessite de replacer les choses dans un certain contexte. Pour mémoire, en ces temps reculés, le « retour du dessin » dans le champ des préoccupations institutionnelles n’avait pas encore boosté les ventes de pochettes de feutres Pelikan. Les tatouages de prisonniers russes n’avaient pas encore leur encyclopédie. Paper Rad n’avait pas encore publié BJ and da Dog, les affiches de cinéma ghanéen et les tapis de guerre afghans étaient encore sous le radar… Non. En 2001, les filles s’imaginaient que les DJs « transforment le son » en tournant des boutons, M&M signait une pochette pour Björk, et tout un chacun croyait encore à l’implication d’Al-Qaïda dans l’attentat du Petit-Clamart.

 

Dans ce contexte refoulé comme un sale épisode de nos années collège, il semble que Moolinex ait donc à peu près tout anticipé : les couleurs lavasse, les punchlines protofacho, les collages mongoloïdes, un certain usage des techniques mixtes et des matériaux pauvres, tout ce que l’on a vu à peu près partout depuis, et surtout en moins bien. Un pavé publié « pour mémoire » ? Certes, tout n’a pas forcément bien vieilli. On y retrouve encore des tics de fanzinat 90’s un peu dévitalisés, hérités de ses premiers faits d’armes. Quelques restes d’Atak et de Blexbolex, du noir et blanc un peu facile… C’est souvent dans les pages couleurs qu’on anticipe tout ce qu’il fera de mieux au cours de la décennie suivante : annonçant la série des canevas à gros titres de la France prolo (« Un seul but : le but ») et les broderies façon Laïbach, il y a les tanks tirant sur le folk art, les Spider-Man agglomérés, tout un lot de compositions mastoc et ce jeu des 1000 bornes impeccablement torché avec les doigts. Surtout, on sent tout cela porté par un instinct, un savoir-faire au poil doublé d’une absence totale de snobisme et de calcul dont ce mec peut parfaitement s’enorgueillir, s’excluant avec brio de tous les pénibles concours de bites avec toute la décontraction de celui qui se sait sûr de son membre.

 

L’Association a visiblement fait un gros chèque pour se payer la quatrième cartouche de couleur qui manquait parfois aux tirages pourtant déjà maousses du Dernier Cri. De quoi rendre justice, chaque jour un peu plus, à ce garçon qui, dans la décennie autoproclamée de « l’impertinence » épuisante et laborieuse, peut se targuer d’avoir été, lui, pertinent.

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