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Allons-y gaiement et noyons la culture dans la merde. Après le recyclage massif du patrimoine musical mondial par la Star académy, la bande dessinée s’est trouvée une armée de guignols pour « simplifier » à grand coup de cases franco-belge le théâtre classique. Pile à l’heure pour couvrir la rentrée scolaire -juteux marché les bibliothèques-, les éditions Vents d’Ouest commercialisent deux adaptations de Molière et une pièce anonyme traduite de l’ancien français. Un postulat détestable à bien des égards car : 1) il implique de facto de mesurer la bande dessinée comme un support « moins exigeant » que le théâtre (hiérarchisation révélatrice du potentiel créateur de ces tristes exécutants sur leur propre média) ; 2) il encourage dans l’éducation la médiocrité et le misérabilisme au lieu de proposer des compléments pédagogiques et ludiques aux chefs-d’oeuvres irremplaçables, comme le fit récemment Joann Sfar dans la collection philosophique de Bréal.

Le pire reste néanmoins l’immense vacuité artistique de la réalisation. Derrière la consensuelle excuse pédagogique des passerelles amenant à tout prix les réticents vers la lecture (concept surévalué par ailleurs car « lire de la merde » reste inutile), il est curieux d’avoir négligé toute la richesse et les techniques de cet art de scène sans pour autant les remplacer par une créativité dramatique ou narrative propre au support BD. Où se trouve cette soi-disant « mise en scène » créditée dans les pages de titres ? Parachuté dans les phylactères, organisé sans la moindre notion des règles de versification, de diction, de rythme ou de mesure, à l’évidence le texte n’a subit que l’ajustement d’un maquettiste plus préoccupé par l’esthétique de la mise en page que par une vague idée de vie et d’oralité à transposer en vision et en sens (et pourtant quel challenge artistique il y avait à relever en essayant pour une fois d’utiliser l’espace des bulles pour travailler une oralité !). Otage des contraintes liées à la masse de mots à mettre en bulle, le découpage linéaire se cantonne au diktat d’une règle basique et motivée par la commodité : un dialogue par case afin de ne pas saturer de texte. Enfin, le dessin, excroissance la plus imbitable de cet affront culturel, difficile de lui trouver une quelconque réflexion et donc, utilité.

Rangeons donc cette collection déshonorante aux cotés du Cyrano de Bergerac de Rapenneau et laissons les enfants imager eux-mêmes les vers des bons vieux classiques. Il y a fort à parier que dans ces gribouillages immatures saura se nicher plus d’audace et de sensibilité que dans ces Molière façon Petit Spirou du pauvre.