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3
sur 5

Certes, la quatrième de couverture annonçait un manga coquin -le corps plantureux d’une beauté affolée y est timidement masqué par deux bandes blanches, l’arrière-plan exhibant des consoeurs poursuivies par des coeurs aux queues spermatozoïdales… Emoustillée, j’embarque le manga dans le métro. Après des pages de garde bordées de panneaux indicateurs (un pingouin au bec en forme de verge et un crabe à la pince du même acabit), les premières planches sont cependant sages comme des images pieuses : Mlle Minami Chiya, trépassée à 92 ans, passe devant un conseil céleste chargé de décider de son aptitude à entrer au Paradis. Mais malgré son CV à faire se pâmer une Sainte -médecin dévouée, Prix Nobel de la Paix-, l’entrée du Ciel lui est refusée : la dame, morte vierge, n’a pas reçu assez d’amour. Verdict : une condamnation à l’Enfer du Plaisir, qu’elle ne pourra quitter qu’une fois correctement dépucelée. Rajeunie et nue, Minami se retrouve sur une île exotique avec d’autres nymphettes dévêtues. Les donzelles découvrent que derrière le sable fin, les palmiers et les animaux inoffensifs, se cachent mains baladeuses, langues humides et pénis frétillants en quête de chair fraîche. Ma paisible lecture devient quelque peu embrassante, mais je tiens bon face aux regards inquisiteurs de mes voisin(e)s de voyage, jusqu’à la page 52, où le baptême de papouilles-léchouilles des compagnes de Minami m’oblige à refermer, l’air faussement dégagé, mon livre. Ce n’est que de retour chez moi que je replonge sans gêne dans cet univers où même la cuvette des toilettes titille là où ça fait du bien.

Makoto Kobayashi tire du décalage entre son héroïne, décidée à préserver sa virginité, et la terre de plaisirs qui l’entoure, des situations au comique absurde. Ainsi, Minami s’étonne de la présence de campagnes de prévention contre les voyeurs alors que chacun est nu, et préfère acheter un châle pour dissimuler ses formes plutôt que le spray love turbo, qui multiplie par sept la libido. Stairway to heaven chatouille en permanence les zygomatiques, entre péripéties délirantes et grimaces des personnages, lesquels rappellent parfois l’humour du grand Gotlib. Mais sous ses airs fripons, ce manga s’oriente, devine-t-on, vers l’inévitable quête de l’amour, qui apporte une touche fleur bleue en symbiose avec la candeur butée de son héroïne. Ce ton en surprendra quelques-uns (les amateurs d’images cochonnes avec queue et sans tête passeront leur chemin), notamment lorsqu’on songe que l’auteur de cet érotisme gentillet est masculin, et ne fait pas banalement de son héroïne un joujou sexuel, mais un charmant personnage. Lara Croft sans short ni soutif, Minami affronte les pièges avec courage et l’air outragé, les mauvaises postures dans lesquelles elle se trouve permettant une exploration sans fin de son anatomie finement dessinée. Une vision des nanas à poil qui a pourtant de quoi séduire une catégorie souvent exclue du genre érotique : les représentantes du beau sexe.