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3
sur 5

Après Gon, le terrible et affectueux bébé dinosaure, voici un nouveau pensionnaire de la ménagerie manga : Michaèl, un chat à la fois tendre et exigeant, roublard et trouillard, indispensable et envahissant, en un mot comme en cent : un chat. Ce premier volume se présente sous la forme d’un recueil de courts récits mettant en scène le susdit animal, ou tout du moins une de ses incarnations. En effet, on y voit Michaèl gros, Michaèl chaton, Michaèl changer de maître, Michaèl mourir même, mais ne dit-on pas que les chats ont neuf vies ? Et même s’il meurt, c’est encore pour revenir hanter l’esprit de son meurtrier. Les traditions japonaises ont donc leur place ici, comme ce yakuza tout honteux de préférer les chats aux chiens comme son statut le laisserait penser. Peut-être est-il un des habitués du « Café Michaèl », endroit bien étrange, aux murs vitrés derrière lesquels des chats vont et viennent pour le plus grand plaisir des clients.

La fascination des hommes pour les chats est des plus évidentes. On peut ainsi assister à l’interrogatoire de Michaèl dans un commissariat, accusé d’avoir chapardé des sardines. Mais quand on est chat, policier ou suspect, il est bien difficile de garder son sang froid quand une mouche entre dans la pièce. On pense à Lewis Trondheim et à la version remaniée de La Mouche, qu’il a un temps publiée dans la revue japonaise Morning, dont est aussi issue Michaèl (La Mouche et Michaèl, non ce n’est pas un cross-over! ). Et si l’éventualité d’une hybridation humain/félin vous intrigue, allez-donc faire un tour sur la planète des chats.

Mais l’aspect le plus drôle de Michaèl ?! ce sont en fait ces séquences muettes constituées de petites cases où l’on suit l’animal dans sa facétieuse progression le long d’une rambarde, tâpi dans l’herbe d’un pré. Ces quasi-diagrammes sont d’une efficacité redoutable. Le petit format de l’album, celui d’un livre de poche, force le regard à une certaine minutie pour apprécier pleinement les mouvements des personnages et l’on réalise une fois de plus qu’un strip sans bulle nécessite plus d’attention qu’une planche bavarde. Mais, sachant que les mangas se veulent une lecture rapide de salle d’attente, on peut se poser une question : le lecteur japonais profite-t-il réellement du récit dans ses moindres détails ? Bien évidemment la réponse est oui pour deux raisons principales : le savoir faire de Kobayashi, qui ne surcharge jamais ses cases, et les habitudes des lecteurs qui repèrent rapidement les indices du mouvement. La grammaire du manga est différente de celle du comics, elle-même différente de la BD européenne. Et cet album d’une lecture des plus plaisantes se révèle être une bonne première expérience pour ceux encore réfractaires à cette tradition narrative.

Pascal Salamito