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4
sur 5

Les amateurs de Lewis Trondheim seront comblés avec Pour de vrai, la sixième aventure de Lapinot. Et ceux qui ne connaissent pas cet auteur auront tôt fait de l’apprécier. Seuls ceux qui attendent d’un artiste qu’il répète inlassablement la même recette seront déçus. Pour autant l’album ne marque pas une rupture radicale avec les précédents puisqu’il contient les « ingrédients » habituels d’un Lapinot. Amour et interim finissait sur la déclaration d’amour de Lapinot à Nadia. Pour de vrai nous montre comment ce très joli couple apprend à se connaître. La description est tendre, attachante, voire même romantique. Le regard de l’auteur sur ses personnages est parfois amusé ou ironique, mais il n’est jamais gnan-gnan ou ridicule. Les dialogues sont toujours aussi drôles, et le sens de la répartie aussi vif. Heureusement, Lewis ne se contente pas de suivre sa « petite méthode ». L’album ouvre de nouvelles directions et laisse présager, si l’auteur continue dans cette voie, une évolution très prometteuse pour les personnages et pour les lecteurs. Comme l’indique si bien le titre, Pour de vrai est empreint d’une certaine gravité, d’un sérieux inhabituel. Lapinot se fait d’ailleurs le porte-parole de son créateur lorsqu’il dit : « tu as devant toi un homme nouveau ».

Ce « sérieux » concerne avant tout la relation de Nadia et de Lapinot et plus particulièrement la description psychologique des deux personnages. Si les premières joutes verbales peuvent laisser penser que Nadia n’est qu’un « faire-valoir » de Lapinot, le lecteur est vite détrompé. Non seulement son personnage est des plus attachants mais en plus elle est un véritable moteur pour le récit. On se met alors à penser qu’avec un tel caractère, elle pourrait facilement voler la vedette au rongeur moralisateur…
La comparaison avec Monsieur Jean, de Dupuy-Berbérian, vient rapidement à l’esprit, même si les différences restent importantes. Lewis porte un regard plus corrosif, plus cynique sur la société alors que celui de Dupuy-Berbérian est plus subtil, plus amusé que choqué. A ce sujet, notons un engagement « politique » de plus en plus affirmé contre le Front National et le gouvernement chinois…

Mais l’orientation la plus surprenante est la présence de deux allusions à de « l’érotisme ». Au début de l’année 99, Trondheim déclarait au journal Bachi-Bouzouk : « Pour l’instant, il n’y a pas de sexe dans Lapinot. Moi, je n’ai pas besoin de parler de cul pour parler de social ! Il y a de bonnes choses à réaliser dans la BD porno. Je ferais peut-être ça un jour… ». Le traitement d’une scène érotique voir même pornographique à la sauce trondheimienne pourrait être des plus désopilante. L’auteur y apporterait sans doute son incroyable don d’observation et son sens de la caricature. Avec son principe d’alternance (les albums pairs sont contemporains, les albums impairs se situent dans le passé), Lewis Trondheim a toutes les possibilités : de simples scènes érotiques dans des albums pairs, un Lapinot plus « pornographique » dans les impairs…
C’est donc avec grand plaisir qu’on lira Pour de vrai en attendant que Lewis Trondheim confirme toutes les attentes que cet album a fait naître…