Ils sont tous là. Wallace Wood, John Severin, Alex Toth, Al Williamson, Russ Heath, Reed Crandall, et même Frank Frazetta qui signe les couvertures, tous les plus grands dessinateurs du comic book se sont donnés rendez-vous ! All dirty Bastards ! Avec Archie Goodwin dans le rôle du colonel dur à cuir à la tête de son commando suicide de salopards. Nom de code : Blazing combat. Mission : révolutionner la BD de guerre. Bien sûr, il n’y aurait jamais eu de Blazing combat s’il n’y avait pas eu avant Two-fisted tales et Frontline combat de Harvey Kurtzman pour EC Comics. Tout le concept de la BD de guerre a commencé avec Kurtzman et la guerre de Corée. En 1965, quand Blazing combat apparaît, l’implication de l’armée américaine au Vietnam commence tout juste à s’intensifier, mais les grands mouvements de contestation qui enflammeront le pays n’étaient pas encore lancés ; Blazing combat était juste en avance sur son temps. Pas besoin d’attendre 1973 pour découvrir que le Vietnam était une erreur. Pour autant, Blazing combat ne fait pas de politique. Juste une super BD qui décrit la guerre de manière réaliste. Dans le chaos des combats, personne ne vous entendra hurler le nom de votre mère. La guerre c’est l’enfer, mais Blazing combat n’était pas un truc coco antiaméricain. « J’étais vraiment contre la guerre, confirmera plus tard Archie Goodwin. Mais je ne prenais pas part au mouvement antiguerre (qui) à un moment s’était opposé à ceux qui faisaient cette guerre contre leur gré ». De son coté, James Warren, l’éditeur, était engagé volontaire pendant la guerre de Corée, pas vraiment le genre qui plaisait à Jane Fonda.

N’empêche, Blazing combat fait figure de traître. Le magazine ne durera qu’un an, le temps de quatre numéros devenus légendaires, avant de succomber sous la pression de la censure gouvernementale quand les magasins refusèrent de vendre le titre sur les bases militaires. Les lecteurs français connaissent déjà quelques unes de ces bandes, pour les avoir lu dans un Métal Hurlant hors série « Spécial guerre » (couverture Yves Chaland à la manière de Frazetta !). Seulement quatre histoires portent sur le Vietnam (dessinées par Joe Orlando et Gene Colan) ; le reste fait la part belle à la Deuxième Guerre mondiale (formidables John Severin et Russ Heath), plus quelques histoires d’aviation (dont le magnifique ME262 ! d’un Wallace Wood au sommet de son art) et d’autres conflits plus anciens (guerres indiennes, de sécession, Thermopyles, etc.). Akiléos est vraiment bien inspiré de publier l’intégralité de ce chef-d’oeuvre de la bande dessinée US, qui reprend tel quel sans rien changer la réédition de chez Fantagraphics parue l’année dernière. Chaque histoire est reproduite à partir des films d’impression originaux. La grande classe ; la guerre, comme si vous y étiez. BRAT-TATTA-RAT-TATTA !

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