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3
sur 5

Pas de doute, Eustache et Mouche méritent bien le surnom de « papillons de nuit ». Ils en possèdent toutes les caractéristiques : légèreté, discrétion et grande dextérité. Ce sont de véritables acrobates formés à l’école du cirque pour le premier, et à l’école d’Oliver Twist pour le second. Ils ont choisi le symbole d’un papillon de nuit pour signifier leur passage. Mouche est un nain manchot, assez énigmatique, un rien philosophe, qui se faufile dans tous les recoins, exécute des figures impossibles dans le vide, sans jamais trébucher, jusqu’au jour où… Eustache est un homme grand et filiforme, un rien élégant, aux allures de félin, contraint un soir d’hiver, alors qu’il était encore adolescent, de tuer l’homme sous la coupe duquel il avait fait ses premières armes dans le chapardage. Cette brute épaisse est morte en emportant un secret dans sa tombe; la cachette de son butin. Eustache ne désespère pas de démêler le mystère et de découvrir la cachette, un jour. Ce duo s’est baptisé « le réseau Bombyce » et leur activité principale est le cambriolage à grande échelle. Une nuit, les deux papillons s’attaquent à la villa du baron de Harcourd, véritable forteresse constituée de verrières et truffée d’alarmes. C’est par les airs que nos deux compères vont pénétrer dans la demeure et dérober, faute de mieux, une bobine de film et un carnet d’adresses qui se révéleront être d’une inestimable valeur.

Corbeyran choisit la plume pour cette nouvelle série et le résultat est à la hauteur de ce qu’on peut attendre de son talent. Toujours aussi humain, précis et généreux vis à vis de ses personnages, il imagine deux figures à la fois sympathiques et dotées d’un passé, d’un présent et d’un avenir qui leur est propre. Il donne une originalité à l’intrigue en tissant des liens, ou tout au moins en laissant deviner une tendresse particulière qui lie Mouche à Eustache et vice versa. Ça n’est pas seulement une « association de malfaiteurs », c’est aussi, dès les premières planches, l’histoire d’une lutte et d’une revanche sur un milieu pas franchement compatissant. Cecil dessine des lieux et des personnages qui sont tout à fait en accord avec l’intrigue et l’esprit qui se dégagent de l’ensemble. Certaines scènes, certains angles font parfois penser à Dumontheuil et à son Idiot. L’humour, la complicité, la camaraderie et le rêve composent ce travail à quatre mains parfaitement réussi et bien rythmé.