(...) De nombreux réalisateurs portent à l'écran la nouvelle Ville Asiatique. A ce jour, l'un des meilleurs réalisateurs à avoir montré la table rase et les mutations urbaines de la Ville Asiatique est Tsai Ming-liang dans Vive l'amour, Les Rebelles du Dieu-Néon, La Rivière et The Hole, ainsi Hou Hsiao Hsien dans Good bye, south, good bye. Récemment, Lou Ye nous montrait dans Suzhou river le nouveau visage de Shangaï, et Edward Yang dans Yi Yi, un autre regard porté sur Taipei.
Le cinéma japonais, quant à lui, semble moins soumis à cette fascination et à cette transposition de la Ville Asiatique. Les raisons principales en sont une assimilation socio-culturelle déjà opérée dans les moeurs et dans la vie quotidienne, mais aussi des configurations topographiques et symboliques différentes des autres pays asiatiques en voie de développement accéléré. C'est ce que l'on ressent dans des films sociologiques ou esthétisants, comme ceux de Chiya Tsukamoto (Bullet ballet), Nobushiro Suwa (M/Other), Hanawa Yukinari (Tokyo skin) de Jean-Pierre Limosin (Tokyo eyes). Cependant, la Ville Asiatique peut également être perçue en négatif ou sous un prisme déformant où l'urbain est présent par défaut. Avec la vitesse et l'ampleur "épidémique" de la propagation de la Ville asiatique comme pièce maîtresse de la Ville-Monde, le rêve autrefois proposé par Alphonse Allais d'une ville-à-la-campagne se trouve à nouveau posé. Comme exutoire culturel, le cinéma japonais répond souvent par des scénarii plus proches de la nature, de l'ellipse, du ressourcement et de la nostalgie. C'est le cas des films récents de Takeshi Kitano, de Kiyoshi Kurosawa (Charisma, Licence to live) ou encore de Sogo Ishii (Labyrinthe des rêves). Mais aussi des Godzilla ou de Princesse Mononoke.