(...) Pour les "professionnels de la profession", cette esthétique métropolitaine de la Ville Asiatique n'est pas pour autant otage du cinématographe. Avec des ambassadeurs illustres, elle en est le gage, le vecteur, le support, à l'instar de toutes les Chinatown du monde, Cities on the move tissant le coeur de la Ville Globale. Balisant le chemin et l'expérience de Rem Koolhaas, Pritzker Price 2000 (considéré comme le Nobel de l'architecture), des sociologues urbains tels Saskia Sassen ou Manuel Castells se sont faits les chantres de la Ville Asiatique. Enseignant à Harward, où il a développé un projet de recherche sur le delta de la Rivière des Perles, l'architecte néerlandais Rem Koolhaas est l'auteur de New York delires (1978) et de S,M,L,XL (1995). A travers ses projets plus ou moins grands, de la maisonnée familiale à la Ville-Etat, il s'est fait le théoricien nihiliste de la "Ville Générique", paradoxe moderniste et progressiste de la Table Rase dont il ne cache pas, depuis 1972, être le "prisonnier volontaire"...

Provocateur et stratège, homme d'action et d'écrits plutôt qu'homme de parole, Koolhaas est l'auteur de slogans tel que Fuck context ! Il s'est également intéressé aux "junk spaces" de la ville africaine (Lagos) ou sud-américaine (Sao Paulo), ainsi qu'à la privatisation et à la commercialisation de l'espace public sous l'appellation protégée de "shopping™" (©rem koolhaas), cyniquement traité sous la bénédiction d'un Marcuse ou d'un Houellebecq, et finalement sous le signe thérapeutique d'une exhortation consumériste en forme d'impératif publicitaire et de méthode Coué : "¥ $ !" (yen-euro-dollar). Du Just do It mondialisé.

Tout comme la sociologue de Chicago (Saskia Sassen) sur Hong Kong et Tokyo et Manuel Castells, à Berkeley, pour Shenzen et Shangaï, Rem Koolhaas s'intéresse au saut technologique et démographique de la Nouvelle Zone Economique chinoise, certes déjà vieille de vingt ans, mais libre depuis 1997 de toute présence coloniale britannique ou portugaise, à Hong Kong ou Macao. Leurs archétypes de la Ville Asiatique ne sont pourtant pas rigides. Ils incluent aussi bien Hanoï, Séoul, Kuala Lumpur et Bangkok, que Hong Kong, Singapour, Taipei, Shenzen ou Tokyo...

Dans ses conférences, Rem Koolhaas, qui a longtemps vécu en Indonésie, montre des diapositives prises à huit ans d'intervalle. Dans un cas, on ne voit que rizières et palmiers, dans l'autre, ce n'est plus que barres de logements, gratte-ciel, practice de golf et aéroports internationaux. Passant brutalement de l'absence de route asphaltée et de téléphone à l'autoroute, au train rapide, à la fibre optique et au téléphone portable, le "saut" qualitatif et quantitatif (Mao parlait en son temps de "bond en avant") fait de cette région du monde un flagship -le porte-étendard ou vaisseau-amiral- des mutations urbaines et des villes à l'âge de la nouvelle économie. (...)











Corps céleste
Rencontre avec Tony Leung Chiu-waï, l'un des acteurs les plus doués de sa génération.




Miss Maggie
Maggie Cheung crève l'écran dans "In the mood for love". Parcours atypique d'une actrice modèle.




La beauté du manque
In the mood for love reprend le foisonnant travail de Wong Kar-waï sur les affects impossibles.






Cinéma et villes asiatiques
Panorama de la représentation des villes asiatiques au cinéma.
Retour sommaire


La critique de
In the mood for love