Regarder en boucle Les Anges déchus en version originale sous-titrée japonais à Kyoto est, pour un architecte occidental, une expérience de la ville asiatique des plus salutaires. Comme les Anges bibliques de l'Apocalypse selon Ridley Scott dans Blade runner ("Et tombent les anges en flamme..."), Fallen angels nous plonge au plus profond de la Ville Asiatique. Panorama de la représentation des villes asiatiques au cinéma.

Dans le film de Scott, les anges de Los Angeles, ceux à qui on a coupé les ailes ou qui n'ont pu rejoindre les "Colonies de l'Espace", sont eux aussi asiatiques ou eurasiens. "Inhabitants", comme on dit en anglais pour dire son contraire, les Anges déchus de Blade runner furent la projection dans un futur proche de l'OPA financière des firmes japonaises sur Los Angeles pendant la "bulle spéculative" des années 80. Dans City of Quartz, Mike Davis a parlé de L.A. comme d'une Ville Asiatique autre. Et si le Los Angeles de Scott est une préfiguration du Tokyo construit par des organismes nanotechnologiques décrits par William Gibson (le père-fondateur du cyberspace), comme dans toute Ville Asiatique au cinéma depuis une dizaine d'années, on y ressent la fascination décalée pour le Dieu-Néon sur l'asphalte détrempé, de la magie déglinguée et publicitaire de la Fée Electricité. C'est beau une ville la nuit...

Dans Fallen angels, l'esthétique hong-kongaise "vue par" Wong Kar-waï n'est pas celle de son spot (10') récent pour JCDecaux. C'est avant tout l'esthétique de Ridley Scott -c'est-à-dire celle de Stanley Kubrick. C'est aussi celle, à mi-chemin entre Hong Kong et Hollywood, de John Woo. Le Cinéma et la Ville Asiatique by night comme double camera oscura de la Ville-Monde contemporaine... qui sera asiatique ou ne sera pas. Une esthétique des nuits fauves, des angles magnifiques, du cadrage parfait et du travail bien fait. C'est aussi une image saturée en couleurs arc-en-ciel d'un paradis tombé du ciel, lui aussi déchu, des néons clignotants de rêves éteints. C'est encore une image-mouvement, mobile (travelling ou traveller), accélérée ou ralentie, une "image parlante", avec sa bande originale indissociable, une image que tue déjà à moitié la version française.

On a souvent dit de l'imagerie de Wong Kar-waï qu'elle était celle du clip ou du manga. Pas seulement. Si elle n'est absolument pas celle du film muet, elle est avant tout celle de "la Ville Asiatique". Wong Kar-waï et Fallen angels n'en sont, bien sûr, pas les seuls représentants. L'un et l'autre nous apparaissent néanmoins comme des chefs de file. Ils font de la Ville Asiatique by night une icône, une Image Sainte de l'urbanité contemporaine, sa Mecque. Et si Fallen angels est comparable au Côté Obscur de la Ville Asiatique -son Étoile Noire-, Belles de Jour, Nos années sauvages, Chungking express, ou la fin de Happy together nous en donnent une vision tour à tour exotique, nostalgique, enjouée... et heureuse. (...)











Corps céleste
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Cinéma et villes asiatiques
Panorama de la représentation des villes asiatiques au cinéma.
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La critique de
In the mood for love