In the mood for love, dernier chef-d'oeuvre en date de Wong Kar-waï, reprend sous forme d'ascèse, de minimalisme dramaturgique, le foisonnant travail du cinéaste sur les affects impossibles.

Comme de nombreuses figures du réalisateur hong-kongais, Su Li-Zhen (Maggie Cheung) et Chow Mo-Wan (Tony Leung) prônent les circonvolutions amoureuses de toutes sortes plutôt qu'un quelconque accomplissement sexuel. Jouant aux simulacres afin de mieux (s')éprouver, le couple se construit au fil des images une passion croissante, mais qui n'adviendra pas de façon effective. Parce que les plus belles histoires sont celles qui demeurent en suspens, Su et Chow ont choisi le plus riche des purgatoires sentimentaux, univers où l'on incarne d'autres personnages pour parler de l'intime, et où l'on tourne autour de l'autre jusqu'à ce que le moindre frôlement devienne un événement charnel. Dans la dernière séquence du film, loin de Su, Chow peut enfin dire cet amour-là, encore plein du désir pour ce qui aurait pu se passer.

Mais chez Wong Kar-waï, cette rétention se vit le plus souvent seul, dans l'attente et l'absence de l'autre, développant jusqu'au désespoir les gestes et les pensées censés combler le manque. Avec l'onanisme comme symptôme classique, et particulièrement présent dans Les Anges déchus (1995). Une tueuse à gages (Michelle Reis) y travaille en duo avec un homme dont elle est amoureuse, sans que le couple soit jamais réuni à l'écran. Le film les fait habiter dans les mêmes lieux, leur prête les mêmes postures, mais les deux êtres ne se retrouvent qu'à travers des pistes sensuelles, des traces disparates et fantasmées. La musique fonctionne ainsi comme un lien privilégié et fortement mélancolique entre les amants qui se cherchent. Collée au juke-box diffusant le morceau choisi par son partenaire, la jeune héroïne des Anges déchus se charge autant qu'elle peut de la chanson, véritable catalyseur d'émotions chargé de signes condamnant à regret les espoirs de caresses. La masturbation devient alors le substitut amoureux le plus efficace, et peut-être le plus satisfaisant, même si le personnage joué par Michelle Reis se retrouve en larmes après l'avoir frénétiquement pratiquée. (...)











Corps céleste
Rencontre avec Tony Leung Chiu-waï, l'un des acteurs les plus doués de sa génération.




Miss Maggie
Maggie Cheung crève l'écran dans "In the mood for love". Parcours atypique d'une actrice modèle.




La beauté du manque
In the mood for love reprend le foisonnant travail de Wong Kar-waï sur les affects impossibles.






Cinéma et villes asiatiques
Panorama de la représentation des villes asiatiques au cinéma.
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La critique de
In the mood for love