(...) Etre toujours à l'écran quelque part, éviter les creux de vague, surveiller la concurrence et les reines de beauté qui débarquent chaque année dans le milieu, le quotidien d'une actrice à Hong Kong laisse peu de place à la réflexion. C'est là que Maggie Cheung se distingue vraiment : qu'importe la médiocrité des films alimentaires qu'il faut enchaîner, Maggie sait flairer les bons projets. Second choix pour incarner Ruan Lingyu (star mythique du cinéma de Shanghaï dans les années 30), elle se bat pour prouver qu'elle peut faire aussi bien qu'Anita Mui. Quand on sait que Stanley Kwan a travaillé deux ans sur Center stage en pensant à cette dernière, le pari est de taille ! Contre toute attente, sa prestation bluffe les plus sceptiques. La qualité de sa composition est récompensée par l'Ours d'or de la meilleure comédienne, à Berlin, en 1992. Tout en continuant sa prolifique relation avec Wong Kar-waï (Nos années sauvages, Chungking express, Les Cendres du temps), Maggie diversifie encore ses apparitions et prouve qu'elle sait tout faire. Patronne d'auberge vénale dans L'Auberge du dragon (1992) de Raymond Lee (en fait, de Tsui Hark), elle déploie une énergie comique qu'on ne lui connaissait pas. Dans le même registre, la sensualité en plus, elle est une gracieuse femme-serpent dans Green snake (1993), l'un des meilleurs films de Tsui Hark. Arrivé à ce stade de sa carrière, Maggie Cheung n'a plus de souci à se faire quant au maintien de sa côte de popularité. Elle peut enfin se payer le luxe de prendre du recul et d'aller voir ailleurs ce qui s'y tourne...

Ancien critique aux Cahiers du cinéma, fan des films de Hong Kong auquel il consacra un énorme dossier dans les Cahiers en 1984, Olivier Assayas ne peut ignorer le statut de star de Maggie Cheung. De la collaboration entre la comédienne, désireuse de connaître d'autres univers, et le cinéaste naît Irma Vep, en 1996. Si les avis sont partagés sur le film, Olivier Assayas a le mérite d'offrir un joli rôle à Maggie. Tout comme chez Ann Hui et Stanley Kwan, elle incarne une nouvelle fois une actrice, la muse très "cuir" d'un cinéaste français qui voit en elle l'incarnation moderne de la célèbre Musidora de Louis Feuillade. Par la suite, la jeune femme s'envole de nouveau vers Hong Kong pour une co-production "franco-nippo-américaine", le médiocre Chinese box (1997) de Wayne Wang, aux côtés de Jeremy Irons et Gong Li. Devenue entre-temps Mme Assayas dans le civil, Maggie Cheung profite de son nouveau statut pour côtoyer la scène artistique française. En 1998, Anne Fontaine lui propose le rôle tout en finesse de la doctoresse qui séduit Augustin dans Augustin, roi du kung-fu.

En seize ans de carrière Maggie Cheung a prouvé qu'elle était une Actrice capable de se construire une filmographie passionnante, malgré des débuts qui ne laissaient rien présager d'aussi original. Par ses compositions toujours justes, elle a su rendre au centuple la confiance que lui ont accordé des cinéastes exigeants qui n'avaient pas forcément pensé à elle dès le début de leur projet. Tour à tour exubérante ou réservée, selon les besoins du rôle, Maggie passe d'un univers à l'autre avec le naturel et la grâce propre aux grandes dames du cinéma. Sans le jeu et la silhouette hiératique qu'elle a imposé à son personnage, difficile d'imaginer ce qu'aurait été In the mood for love. Wong Kar-waï a crée ce rôle en pensant à elle. On le comprend...

Elysabeth François











Corps céleste
Rencontre avec Tony Leung Chiu-waï, l'un des acteurs les plus doués de sa génération.




Miss Maggie
Maggie Cheung crève l'écran dans "In the mood for love". Parcours atypique d'une actrice modèle.




La beauté du manque
In the mood for love reprend le foisonnant travail de Wong Kar-waï sur les affects impossibles.






Cinéma et villes asiatiques
Panorama de la représentation des villes asiatiques au cinéma.
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La critique de
In the mood for love