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06/12/09 - Musique - Festival (1)
Mercredi 3 décembre - Rain in Rennes
Départ en live pour Rennes à 7h05 mercredi matin, Stéphanie m'appelle à 6h30 métro Notre Dame des Champs pour me dire qu'elle vient de se réveiller et qu'il s'agit d'un acte manqué et qu'il va falloir que je l'attende à la gare pour le train suivant. Pas de souci, mon ami Paul qui multiplie les petits pains est là. Finalement arrivés ensemble peau de bête autour du cou, capuche sur la tête, à Rennes, où les arbres dans les rues ont des voiles de veuves qui retiennent les feuilles mortes, nous retrouvons l'hôtel Angelina pépère, repère, enclave, refuge, gîte et couverts de la presse. Pressés crevards de magazine spécialisé, j'ai le lit d'enfant dans la chambre pour trois, Stéphanie et Anastasia partagent le deux-places, me promettent des berceuses et une équipe de rugbymen au milieu de la nuit, la porte de la salle de bains ne ferme pas, promesse de promiscuité, il faut lever vers le plafond le sèche-cheveux pour qu'il sèche les cheveux, nous le faisons sur la pointe des pieds.
Mais tout roule, je roule mes cigarettes et pose sur le tapis roulant du Carrefour-Market mon jambon beurre et mes bières qui feront mon repas de la journée, au moins je ne dors pas dehors comme ces punks à chien entre lesquels je slalomme, regardant sur le côté. Pas de neige cette année, mais pluie pénétrante et embellies soudaines qui réchauffent le dos, Chloé des nuits sonores poste sur Facebook « Paris Pluie », je commente « Rennes Soleil », pas mécontent, et pars pour le « Village Pro », amoncellement de tentes entre le Gaumont et le Liberté, chercher le pass et le bracelet bleu, sésames de la Liberté, de l'Aire Libre, de l'Ubu, et des grandes Halles à chaussures de Saint Jacques. Bonus, un DJ-bag « Converse / Les Trans » avec des papelards partenaires. Puis, direction les Bars en Trans, où rebelote, nous chopons le pass et le Dj-bag « Bar en trans », avec les prospectus ad hoc contre 10 euros participatifs. Stéphanie, aussi versatile et volatile que la météo, chante à tue-tête du Miossec dans la rue, « Tonnerre, tonnerre de Brest, mais nom de dieu que la pluie cesse ! », tandis que nous passons devant un magasin d'armes à feu. Nous voilà badgés et braceletés en route pour l'Ubu voir Peter Winslow, chaussé de red suede shoes filées, chantant un peu Ray Davies, un peu Marc Bolan, un peu vocodé, sur des pompes de Stardust (riffs de gratte) ou de LCD Soundsystem (fills de caisse claire). Le guitariste a un kit de pédales d'effets qui prend la moitié du plateau et le bassiste écarte les jambes en regardant droit devant lui. Un peu trop zikos en bande les gars, tout sur le click dans l'oreillette, pas un pain qui dépasse, les jolies chansons brit-pop revival trop mâtinées de french-touch au cordeau pour émouvoir plus que ça. Efficace, comme le défaut d'une qualité. On attend donc la suite et un peu plus de spontanéité.
La critique est facile, l'art est difficile, rabâchent les grincheux. On les emmerde en se souvenant que la critique, c'est tout un art, relisant le « Neil Kulkarni guide to being a record-reviewer » que Niadkaster nous twitte suite à ce cui-cui qui m'échappe : « Ne jamais oublier que le critique n'est pas là pour être aimé ». En effet, pendant le concert de Slow Joe, je commence à envoyer sur le Twittwall des Trans (#lestrans) des trucs pas très sympa, genre « Slow Joe à l'Ubu me rappelle Houellebecq à la Route du rock. Pour groupies gérontophiles » puis me ravise devant le beau concert du vieil Indien (66 ans) et de son jeune backing-band, The Ginger Accident, en me disant que ce mode de publication ultra-rapide ne convient sans doute pas à mon mode d'expression (écriture, rature, relecture, réécriture, rerelecture, send mail). Moins Bollywood qu'Ethiopiques (avec un Farfisa somptueux au milieu de la scène), très revival garage-rock'n'roll (basses rondes, grain légèrement saturé, chœurs de voix à la Monks), la rencontre entre le vieux crooner indien sinatresque (qui n'avait jamais mis les pieds en Europe et correspondait par envoi de bandes avec le groupe), et le quatuor carré funambule (toujours rattrapant le vieux sur le fil du tempo ), à défaut d'être fusionnelle (bien compartimentée : le lead-singer sexy-sexagénaire d'un côté, les louveteaux de l'autre), rencontre son public. On s'attendait à une arnaque pour journalistes, une belle histoire un peu montée en jolies pièces, mais non, la sincérité et l'amour de la musique affleurent aux oreilles. Entre deux chansons sentimentales de jeune soupirant, Slow Joe enlève sa veste en disant que nous sommes « beautiful » et que « we love you » et les groupies, gérontophiles donc, font « hooo » avec tendresse. Bon enfant, bon parent.
Ensuite, on se tapera la tête contre les murs devant Transformer, de Brighton, reformation 00's de Partenaires Particuliers (lunettes Oxford, chemise à rayures et cols blancs, pantalon slims), mixant en live les refrains (seulement les refrains) des tubes 80's (Sweet Dreams, New Life, My Heart Goes Bang) et ceux de la génération mp3 (osant beugler « We are your friends ») sur un unique tempo, une unique bassline, one beat, one heart, one love. Tous ensemble et « C'est la fin de la musique » me dit Stéphanie avec consternation. Effectivement, cette musique-gimmick rend triste et ce groupe juke-box fait pitié. On s'en fout, on prend des photos avec notre Lomo mini Diana (merci Peter de la Lomographie, sponsor officiel de nos aperos d'amour) d'Alan Gac et de Jean Louis Brossard, qui ont en commun d'avoir parfois des airs de gosses absolument touchants, une éternelle juvénilité qui rassure et assure des bienfaits de la musique sur les esprits et les physionomies. Click.
Pendant que je bosse, Stéphanie vit :
- Hé, on se connait non ?
- Non, je ne pense pas...
- Mais si, je suis certain qu'on s'est déjà croisés. Rodolphe !
- Non, toujours pas...
- Rodolphe, du Chien Chien à sa Mémére !
- ???
- C'est un canard satirique.
- Désolé, mais ça ne me dit rien.
- Et toi ?
- Je travaille pour Chronic'art.
- Connais pas. C'est un fanzine, un webzine?
- Oui, exactement.
- Nous aussi, on a une diffusion locale.
- Ah oui, nous, on est surtout concentrés sur Vesoul…
- Génial ! J'adore la Franche-Comté. Je suis allée à un festival dans les
Vosges c'était cool. Il y avait de la musique et des activités sportives. De
l'... de l'a...
- De l'acrobranche?
- Non c'était plus du VTT.
- D'accord ! Désolée, il faut que je m'en aille maintenant.
Jeudi - Vololontaires
Jour deux. Croissants-Nutella chez Angelina devant BFM TV avant 10h25 (parce que le petit déjeuner n'est plus servi après 10h30), et puis on se recouche. Réveil à « 13h du matin » (copyright Stéphanie Vidal) et c'est parti. On retourne au Carrefour-Market acheter du whisky (Bring Your Flasque) et on se dirige vers Del Cielo à l'Ubu, avec le sympathique moustachu et ancien rennais Thomas Burgel qui me paie une bière dans un verre en plastique consigné. Merci les Inrocks. Là, dans une certaine moiteur sombre, Liz Bastard pose précautionneusement ses mots travaillés, ressentis, habités, comme elle poserait ses pieds sur la cendre encore brûlante, avant de refaire son lacet parce que « C'est casse-gueule », comme elle le dit au public avec un sourire. Et quand le public montre les dents à cette tendre et terrible chanson sur « cette petite pute de vie », elle redouble son sourire en un « Ahaha » glaçant. Un peu chewing-gum du diable, un peu poupée brûlée en sacrifice, petite fille qui détache chaque syllabe au scalpel, Liz est soutenue sur ce chemin brûlant par un porteur de fûts concis, également présent dans les boucles de basses plombées et de guitares acides qui tournent tout autour. Le rituel est une épreuve dont on sort plus fragile, donc plus sensible et réceptif au monde comme il nous prend et nous retourne. Del Cielo teste la résistance de son auditeur, lui adresse quelques directives, invectives à la deuxième personne, et fait corps, attentifs ensemble pour de bon, à la première du pluriel. On finit plus vulnérable, mais aussi plus solidaire.
Suit Complot, complet, Jean Louis Brossard prend lui-même Rennes en main et institue de vive voix le « toute sortie est définitive ». On en profite donc pour fuir le Complot et filer vers la (le) Liberté. Là, je crois entendre Erlend Oye et son groupe faire une reprise de Harder, Faster, Better de Daft Punk, mais en fait, non, c'est un morceau original de son Whitest Boy Alive. Ca vire jam entre potes, jokes sur scène, où le grand dadais à lunettes fait chef d'orchestre, marmiton d'un melting pot electro-funk euphorisant et un peu théâtral (tout le monde s'immobilise sur scène soudain, créant le silence et la montée des cris du public, avant le retour du groove), joli warm-up d'une soirée qui s'avérera décevante. On est tous contents de retrouver la salle centrale du Liberté, et les « pros « sont nostalgiques dans le bar dédié, mais ni V.V Brown, (mini star R&B, qui a composé pour les Pussycat Dolls ou les Sugababes, et dont tout le monde se demande ce qu'elle est bien venue foutre ici), ni Abraham Inc (« collision improbable entre la tradition ashkénaze et le funk le plus brûlant », dixit la bio), ni Beast (une sorte de diva à la Shirley Bassey qui vocalise sur des thèmes trip-hop un peu rances) ne fédèrent l'enthousiasme. Par ailleurs, les concerts ont la mauvaise idée de se succéder, de bas (environ 5000 pelés) en haut (environ 800 pékins), et vice-versa, générant des afflux massifs de population massées et de plus en plus bourrées, comme il se doit, ce qui rend l'ambiance à l'Etage oppressante autant au propre qu'au figuré. Mais « c'est complet, on s'en fout », comme le dit un des organisateurs.
Je m'échappe donc, navigue à vue entre baraques à frites et bars VIP, évite quelques attachés de presse, me fait snober par Frank le magicien pour la troisième fois de la journée, ne sait plus si Jean Baptiste de EMI s'appelle bien Jean Baptiste quand il s'agit de le présenter à Thomas du 106, commence à devenir franchement parano dans le monde de la musique, c'est la crise, pense à me reconvertir dans la chanson pour de bon, ou la mauvaise littérature, ou bien peut-être l'agriculture, biologique, je ne sais pas, et finis par croiser avec bonheur Pénélope et Nicolas, le couple charmant de Cercueil, qui a joué plus tôt au 4Bis, dans une ambiance « mate et feutrée », inhabituelle pour ses performances, plutôt amples et profondes. De fait, Stéphanie me glisse « Ca sentait un peu le sapin ». On les suivra cependant avec plaisir à Paris, car c'est de toute évidence un groupe sur lequel il faudra compter ces prochaines années (leur heureuse présence dans la programmation officielle des Trans en est le meilleur signe). Je loupe aussi les punkettes anglaises An Experiment On A Bird In The Air Pump (qui ressemblent dans le stand presse à trois réplique de Gossip en miniatures) et Hook and The Twin de Bristol, alors que j'avais adoré ce morceau Bang Bang Cherry que m'a fait découvrir Pointard de We Want To Wigoler(ww2w.fr) pendant un week-end à poney dans l'Eure. D'aillEure, il est l'hEure d'y aller. Je vais me coucher et lire Haruki Murakami au lit en pensant à ma chérie qui fait la même chose à Paris. Je compte les moutons sauvages et enfin rêve d'oiseaux à ressorts.
Pendant que je rêve, Stéphanie vit :
-T'as de grosses lunettes, toi.
- C'est vrai, toi t'en as pas. T'as une bonne vue ? T'es pilote ?
- Presque, je suis chauffeur routier.
- D'accord. Tu viens voir quoi au festival ?
- Dj Sandra.
- Ah bon?
- Oui j'aime bien son côté volontaire, elle joue toute la nuit et elle a des
gros seins.
- Vololontaire quoi...
- ...
Wilfried Paris et Stéphanie Vidal
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