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La Route du Rock 2009

18/08/09 - Musique - Festival (1) Les shoegazers de Saint Malo portent-ils des tongs ? Qui a mis une seringue dans les fesses de la chanteuse des Kills ? Que fait Bester Langs quand il ne consulte pas son « Page-rank » ? La galette-saucisse est-elle soluble dans la bière ? Tout ce que vous voulez savoir sur la Route du Rock sans jamais avoir osé vous le demander. Ci-dessous.

Quand bien même l'on s'était promis il y a deux ans de n'y jamais retourner, la faute aux toiles de tentes perméables (à la pluie, à la bière, à l'urine, au vomi, au cagnard du matin) et sonorisées (le ghetto-blaster du voisin), nous y revoilà pourtant cette année, sur la route du rock, enfer pavé (près de la plage, terreux) de bonnes intentions musicales, c'est-à-dire une programmation tip top ad hoc au poil, légèrement en avance sur son temps, quand les autres festivals d'été tâchent au mauvais cidre ou se frelatent par avance (l'édition 2009 de Rock en Seine aurait du être l'édition 2008, non ?). Bref, nous y voilà, sur le Fort de St-Père, ce truc en pierre de Vauban qui bouffe une grosse part du gâteau (de l'enveloppe, du budget), en infrastructures sécuritaires qui n'en peuvent mais, puisqu'elles n‘auront pas empêché samedi deux amis en amourette de faire une chute de 10 mètres du haut des douves, direction le sol vitesse TGV puis le CHU malouin, avec pour l'une la cheville en vrac et pour l'autre les poignets « à la Cissé ». Préliminaires fracassants, donc, d'une aventure qu'on leur souhaite plus légère, ascensionnelle forcément, pour être partie d'aussi bas. En guise d'encouragements pour la remontée du col et les baisers dans le cou, on a fait des pyramides humaines dans le bar VIP, et Stéphanie V. exorcisait la chute de son amie en se postant au sommet de ce phare humain, au milieu des têtes de gondoles de la crème indie, celle qu'on met sur les Kouign-Amman (révélation 2009 perso), les galettes saucisses et les moules frites de rigueur. De rigueur, le temps fut clément par ailleurs, et on eu douceur et nuées chassées par les marées le matin. On pu déguster les galettes maisons de Monette la maman de Jean-Phi à Cancale, et les huitres sur le petit port, dont on rejetait les coquilles sur les rochers, rendant à la mer ses bienfaits, visant les mouettes en riant. C'était bon, c'était beau, les pieds dans le sable, les yeux dans l'eau, c'était presque les vacances, quand Captain, entre deux tractages nous a dit « Au bulot ! » et on s'y est mis.

Jour 1 (vendredi 14 août 2009) – Au Bulot

Donc, alors, vendredi, on a loupé les Crystal Stilts, parce qu'on était à la conférence de presse de Bradford Cox, de Deerhunter (et Atlas Sound, joli projet alternatif et apaisé), efflanqué et planqué derrière ses lunettes noires, fumant clope sur mégot et crachant par terre derrière le divan, devant quelques journalistes locaux (la pigiste paresseuse avec son gros micro qui demande à chaque artiste s'il est content d'être là et si l'accueil a été bon et patati et patatras…) et extra, comme ce journaliste de Rue 89 qui lui explique qu'on est en Bretagne, là, et que passent encore les lunettes noires pour voir sans être vu, mais que les chaussettes en laine dans les chaussures bateaux, c'est un peu un outrage fait à la région. Ce à quoi, à la fois agacé et amusé, Bradford répond qu'il n'y a qu'en France qu'on l'emmerde sur son look et que les marins bretons peuvent venir, qu'il les recevra avec son couteau, qu'il leur sucera la bite, et qu'après, il la leur coupera. Le tout, en baissant un instant ses lunettes sur son nez, le temps d'un clin d'oeil appuyé. Classe. Autant que son concert quelques minutes plus tard, entre shoegaze et dreampop, la voix alternant guttural et fillette, grands écarts 60's et 00's. Enfin, on zappe un peu, car on prend nos quartiers, on avale les premières moules-frites, visite le stand presse (avec la racine carrée du carré VIP, un open-bar « partenaires » gardé par un colosse en oreillette inamovible), surplombé par une sorte de mirador comme au dessus d'un Guantanamo pop, qui fera dire à ma cousine Berthe qu'elle a « envie de se faire tirer comme un petit lapin », ce qui fait rire Bester L., gonzo affranchi qui me donne du « papa », ce que je suis, bande de Hunter à la manque. Moi je bois du whisky au goulot sans étranglement. Et je vais voir Tortoise, meilleur concert de cette édition 2009. Au milieu de l'herbe et de ses vapeurs montantes, on n'est pas nombreux à danser sur ce rythme d'Achille et de la tortue et c'est bien dommage, parce qu'on passe vite de l'infiniment petit, le détail, à l'éternel immanent, la conscience d'une adéquation parfaite entre le mind et le body, une sorte d'ambidextrie totale, chose qu'ont bien compris McEntire, qui toise de ses fûts le public avec la morgue hilare d'un bateleur écarquillé, et sa bande, adepte du décalage temporel, du contrepoint et de la couture, haute couture, qui à force de légers déplacements - l'un avance tandis que l'autre recule, puis se rejoignent progressivement, et pourtant ce n'est pas prog', c'est juste intelligent - emmène les quelques auditeurs attentifs vers un soleil couchant en quatre dimensions. Foin de post-truc ou d'avant-garde, les deux batteurs qui se font face jubilent (l'un annonce, l'autre développe) et touchent de leur grâce les nubiles venues voir des Horrors, un peu d'esprit dans leurs petits corps, qui ne comprennent pas tout. Dieu que cette histoire commence bien. Technique, plaisir, facilité, mélodies et rythmiques enchevêtrées en entrelacs d'histoire musicale et de spontanéité virtuose font de ce concert précis, concis, coincé entre deux larsens (Deerhunter et My Bloody Valentine) le meilleur moment du festival. Point (pêche) à la ligne.

My Bloody donc, les emmerdeurs de première, qui reviennent asséner You made me realise et son cortège de saturation Mach 5, dix ans plus tard, comme si rien n'avait changé, avec cette batterie pourrie-baggy et le nez sur la disto, le tout pour un cachet exorbitant et la possibilité d'une mise à sac de la façade. La compression maousse fait qu'on entend le bruit du pied appuyant sur la pédale pendant l'accordage entre chaque morceau ou les quatre temps d'intro marqués par les baguettes du batteur, presque autant que la déflagration qui va suivre. Truc de malades pour faire saigner les tympans. N'ayant jamais vu l'intérêt d'aller à un concert pour se boucher les oreilles, je me tiens à distance de plus en plus respectueuse, finissant au bout de la place près du car Converse à la con, comme un moustique face à une bombe répulsive. Kevin Shields change de guitare à chaque morceau, s'arrête de jouer lorsque l'ingé-son fait marcher le limiteur, reprend en faisant la gueule, chante mais personne ne l'entend dans l'espace saturé, bâcle, se casse avec un « Merci » en guise de rappel. Tout le monde a souffert, et même si certains ont aimé (cette impression d'être un oisillon coincé dans un réacteur d'A380, le tableau halluciné de cette musique à la fois très rapide et très lente), on se demande un peu ce qu'on est (ce qu'ils sont) venus foutre là.

Peut-être voir A Place To Bury Strangers, après un tour au bar VIP où je croise Johanna S. qui évoque avec sa copine de EMI la chasse d'eau qui ne marche pas dans sa chambre d'hôtel, et les problèmes que ça pose pour faire caca, manière subtile quoiqu'un peu dégueu de me faire déguerpir, une technique de filles bien connue, qui ne vaut pas mieux que celle de Bester L., qui fume très classe des cigarillos comme dans un Sergio Leone et à qui je fredonne cette chanson de Gainsbourg : « Les cigarillos ont cet avantage de faire le vide autour de moi…». Bref, je suis parano, la faute à l'herbe et à ce métier de journaliste, où plus l'on vieillit, plus on se sent d'ennemis. J‘évite d'ailleurs de justesse le chef de produit de Depeche Mode de chez EMI, qui porte un tee-shirt Weezer, ou Deezer, je ne sais plus (cherchez l'erreur) et file m'enterrer sous les stries guitaristiques d'Olivier Ackermann, fabriquant de pédales d'effets pour guitares électriques dans le civil (la « Total Sonic Annihilation », c'est lui), et bruitiste grave-digger en chef du combo sus-cité sur scène. Ca déménage, bah oui, mais ça ne manque pas d'harmonies et de décalcomanies (le déluge sonique de My Bloody donc, les reverbs des Jesus and Mary Chain, les lignes de basse de Cure, mais aussi un petit côté Nick Cave, ce look d'héroïnomanes new-yorkais, tout bien dark, sous des tombereaux, des pelletés de satus), c'est même assez surprenant, finalement, dans l'énergie propre aux power-trios, la netteté des compositions et de l'ingénierie sonore, loin du foin flou de My Bloody, beaucoup plus respectueux du public, proposant une expérience sonore, où certes, les fréquences mediums (celles qui t'excitent mon coco), sont en avant, mais bien réparties, musicales. Sur ce, après cette soirée à regarder nos chaussures en se bouchant les oreilles, et zappant les bonhommes de neige (Snowman, qui remplacent The Horrors), on rentre à Cancale dans la Hertz de location, on souffle dans le ballon de la bleusaille (négatif pour notre adorable chauffeuse, qui n'a rien bu, quand nous avons abusé), et on va se coucher avec des acouphènes. Pourtant, « Je n'ai jamais écouté aucun son sans l'aimer : le seul problème avec les sons, c'est la musique » (John Cage).

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Kiosque Chro #67

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