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20/04/09 - Livres - Actu (1)
Longtemps considéré comme un pur écrivain de science-fiction, même si les thuriféraires du genre voulaient l'en exclure, J.G. Ballard est aujourd'hui unanimement salué comme l'un des plus grands romanciers de son temps (« le Graham Greene du XXIe siècle », a dit de lui quelqu'un qui s'y connaissait). On en oublierait presque que c'est comme nouvelliste qu'il a commencé, en décembre 1956, dans les pages de New Worlds et de Science-Fantasy. La première de ces deux revues de SF est restée célèbre pour avoir été le berceau de la New Wave anglaise, sous la direction du charismatique Michael Moorcock. Ballard en deviendra rapidement l'auteur phare, aux cotés de Brian W. Aldiss, mais aussi de jeunes américains en villégiature britannique : Thomas Dish, Norman Spinrad, John Sladek, Samuel Delany et même Thomas Pynchon (avec l'emblématique nouvelle Entropy), sous le parrainage de William Burroughs. « Les gens me disent toujours : vous voyez-vous comme un écrivain de science-fiction ? Ils s'attendent toujours que je dise non, et je dis toujours oui ! Je suis fier d'être un écrivain de science-fiction parce que je pense que la science-fiction est la littérature authentique du XXe siècle », explique Ballard. Sans New Worlds pour l'accueillir, il n'aurait sans doute jamais été qu'un auteur d'avant-garde parmi d'autres, et n'aurait pas pu se servir du genre pour faire entendre sa voix prophétique à l'encontre de l'idéologie dominante de l'âge d'or. Pour autant, ce Ballard première manière, dont on ne peut pas vraiment dire quelle est chez lui la part de pose arty et celle du sérieux, adopte plus la SF par rejet de l'establishment que par véritable dévolution au genre.
Satire sociale et paranoïa
Tournant le dos à l'optimisme béat de la SF américaine, la forme de ses premiers textes demeure encore assez classique, ainsi qu'on le constate à la lecture du premier tome de ses Nouvelles complètes, qui couvre la période 1956-1962. De nombreuses nouvelles (Echappement, La Ville concentrationnaire, Le Dernier monde de Mr Goddard, Larsen, Billenium...) témoignent ainsi de l'influence d'auteurs comme Richard Matheson et Robert Sheckley. Leur maître-mot est « angoisse ». Le ton est à la satire sociale et à la paranoïa, avec des individus à la dérive dans une société en perdition. Les thèmes paraissent usés jusqu'à la corde, mais Ballard impose rapidement son style et façonne la New Wave selon son intuition. « Je m'intéressais au vrai futur que je voyais approcher, et moins au futur inventé que préférait la science-fiction ». Non seulement l'avenir n'existe pas, mais l'entropie est la seule loi qui préside aux destinées des êtres et à celles de l'univers. Ici, nulle trace d'héroïsme, nul exploit, nulle croyance dans le progrès infini de l'humanité : « On a toujours postulé que la courbe de l'évolution est ascendante et infinie, mais en fait le sommet est déjà dépassé et la voie descend maintenant vers la tombe biologique commune. C'est une vision du futur désespérante et pour le moment inacceptable, mais c'est la seule », écrit-il dans Les Voix du temps, en 1960. La science-fiction n'est qu'une illusion technologique. Ce travail de sape est manifeste dans Treize pour le centaure (1962), où les membres d'équipage d'un vaisseau spatial ne sont en réalité que les cobayes d'une expérience en laboratoire. L'aventure digne de Christophe Colomb tourne à la farce macabre et Cap Canaveral s'enlise dans les sables de Mars (La Cage de sable, 1962). On trouvera au total peu d'inédits dans ce premier tome, la plupart des 28 nouvelles qui le composent ayant déjà été publiées en revue (Fiction) ou en recueils. Mais le vrai regret est surtout l'absence de présentation et d'une véritable bibliographie, qui auraient permis de resituer chacun des textes dans le contexte de sa publication originale. Dommage. Pour cela, mieux vaut donc se reporter au travail d'Alain Sprauel, qui clôt la réédition de La Forêt de Cristal dans la collection « Lunes d'encre ».
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