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05/03/09 - Livres - Entretien (1)
La crise actuelle est « un tsunami comme on en voit un par siècle », a
déclaré Alan Greenspan, le plus haut responsable du système économique mondial,
reconnaissant qu'il y avait une « faille » qu'il n'avait pas bien mesurée.
"La Finance mondiale - Tout va exploser" (Editions Léo Scheer) permet de comprendre ce qui vient de nous
arriver et d'envisager ce que nous réserve, peut-être, l'avenir. Il explique
les différentes bulles spéculatives dont l'éclatement provoque les crises
financières successives. Il permet d'évaluer la façon dont l'économie réelle va
être touchée par la crise de la déréglementation financière et de
s'interroger sur les moyens d'en sortir. Il décrit comment "tout va exploser"
pour nous faire entrer dans la prophétie d'Aldous Huxley : Les classes
moyennes vont disparaître,il restera les Alphas de l'argent et les Omégas de la
misère. Entretien fleuve avec les auteurs, Morad El Hattab et Philippe Jumel.
Chronic'art : D'où vient la crise ?
Morad El Hattab & Philippe Jumel : Le mécanisme de formation des crises financières devrait être connu car il a été expliqué dès 1862 par Clément Juglar. Selon lui, les crises financières les plus simples comprennent traditionnellement deux phases : les spéculateurs achètent des actifs (placements ; investissements) risqués à crédit. Ils pensent que la valeur des actifs va grimper très vite, et que donc le court du crédit restera beaucoup plus bas. La différence peut donner de très juteux bénéfices, en langue de bois d'économiste distingué cela s'appelle l'effet de levier. Les spéculateurs (et les banquiers qui sont en fait des têtes sans mémoire) oublient régulièrement un vieil adage de banquier : « Les actifs s'évaporent, les dettes s'accrochent. » C'est se qui se passe à l'arrivée de la deuxième phase de la crise car la valeur spéculative des investissements se révèle et les banquiers ne renouvellent plus leurs crédits aux spéculateurs, cela s'appelle le désendettement forcé : chacun cherche du crédit et n'en trouve pas. C'est d'ailleurs l'aspect essentiel de la crise actuelle.L'explication conventionnelle affirme que la crise actuelle provient des « subprimes », c'est-à-dire de prêts hypothécaires aux acheteurs de logements aux Etats-Unis (l'hypothèque est une garantie que le prêteur prend sur le logement si l'emprunteur tourne de l'œil et ne paie pas). Les « subprimes » ont parfois été appelées « prêts menteurs », le banquier prêtait jusqu'à 125 % du montant du prix d'achat du logement et ne demandait pas de renseignements sur les revenus de l'emprunteur car il estimait que la hausse des prix de l'immobilier devait tout payer. Mais « les arbres ne montent pas jusqu'au ciel » et lorsque l'immobilier devient trop cher, même les gros salaires n'ont plus les moyens d'acheter un logement. C'était simplement le cas en été 2007. Les spéculations sur l'immobilier de logements n'ont sans doute pas été les plus importantes car à New-York, Londres, Shanghai, Séoul et dans le Golfe pétrolier, de nombreuses tours de bureaux ne trouvent plus preneurs. Des fonds spéculatifs appelés « Hedge funds » qui empruntaient 85 % de leurs investissements ont acheté des entreprises à crédit bien plus cher qu'elles ne le valaient (cela s'appelle des opérations « LBO »). Les « subprimes » ont provoqué le début de la crise, les « Hedge funds » et les « LBO » vont prolonger la crise en 2009 et au-delà… Les spéculateurs empruntaient en émettant des titres d'emprunt sur le marché. Les banques ont souvent prêté plus que leurs dépôts (25 % de plus en France ; 50 % de plus aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne) et ont emprunté sur les marchés. Reste à trouver les prêteurs : des fonds de pension (qui investissent pour financer les retraites aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas) mais aussi les banques elles mêmes et des fonds spéculatifs qui empruntaient pour prêter. Lorsque la vraie valeur des actifs spéculatifs se révèle, les spéculateurs perdent leur argent, et les prêteurs aux spéculateurs ne retrouvent plus l'argent prêté. Les titres émis sur le marché ne trouvent plus d'acheteurs, ils perdent de leur valeur (moins 40 % en moyenne en un an, et ce n'étaient pas que des actions !). Lorsque les fonds de pension perdent ainsi leur argent, il y a du souci pour les retraites qu'ils versent, ils n'achètent donc plus et ne prêtent plus sur les marchés. Les autres prêteurs empruntent pour prêter, or ils ne peuvent eux-mêmes plus emprunter. Le marché cesse alors de prêter et il n'y a plus d'acheteurs ! Voilà pourquoi les banques qui ne trouvent plus de prêteurs sur le marché cherchent de l'argent partout et finissent par en quémander à l'Etat. Le vieil adage du banquier frappe alors : « Les actifs s'évaporent, les dettes s'accrochent » et lorsque la crise éclate, il n'y a plus de crédit car en effet « le banquier est un monsieur qui vous ouvre le parapluie lorsqu'il fait beau et qui le ferme lorsqu'il pleut », et surtout « la fourmi n'est pas prêteuse et c'est là son moindre défaut… »
Quelle est l'ampleur réelle (si l'on peut dire) de cette nouvelle crise en comparaison de celles de 1929 et de 2001 (la bulle Internet) ?
L'actuelle crise est évolutive avec plusieurs phases. Elle résulte de plusieurs bulles spéculatives toutes financées à crédit. Elle est donc similaire à la crise de 1929, elle se révèle plus ample et plus complexe que la crise de 2001 caractérisée par la bulle Internet.
LA CRISE DE 1929
La crise de 1929 correspond d'abord à la liquidation de deux bulles financées toutes deux à crédit. La formation des deux bulles financées à crédit, la bulle immobilière et surtout la bulle des cours des actions correspond à la première phase de la crise de 1929.
La Première phase
La bulle boursière est la plus connue, elle s'est caractérisée par une hausse déraisonnable des cours des
actions des entreprises. Les actions sont des parts d'entreprises échangées par
achats et ventes sur le marché des actions, pour les Etats-Unis le NYSE (New
York Stock Exchange) à Wall Street. L'évaluation du caractère raisonnable du
cours des actions se mesure traditionnellement sur le fondement du
« PER » ou « Price Earning Ratio », en français le multiple
cours bénéfices, c'est-à-dire combien d'années de bénéfices représente le cours.
Si le multiple est élevé, le cours est vraisemblablement surévalué, en résumé
il vaut mieux acheter des actions à petit PER pour vendre des actions à grand
PER. Souvent la surévaluation des actions sur les marchés telle qu'elle résulte
des PER trop élevés est balayée par des interviews des grands noms de la
finance, ce fut le cas en 1928 lorsque le Professeur Irving Fisher de
l'université de Harvard annonça la venue d'un « New Age » porteur
d'une prospérité croissante soutenue par le développement de nouvelles
technologies telles que la radio et l'aviation, leurs perspectives réelles de
bénéfices et de rendements n'avaient tout simplement pas été évaluées… La bulle
des actions s'est donc d'abord caractérisée par une « inflation des
actifs » c'est-à-dire une hausse des cours telle qu'elle constituait par
son caractère déraisonnable une inflation. Le financement à crédit de la bulle
s'est révélé atteindre un niveau de risque lui-même spéculatif car les
acheteurs des actions pouvaient les acquérir « à terme » avec un
apport de fonds propres de 10% de la valeur d'achat des actions, les 90%
restants étaient financés par des « call loans » c'est-à-dire des
prêts à court terme (un mois au plus) et à des taux très élevés jusqu'à 12%.
Les prêts étaient consentis par les « brokers », c'est-à-dire les
sociétés de gestion qui achetaient et vendaient les actions pour le compte de
leurs clients. Ces brokers empruntaient eux-mêmes à court terme (échéances
rapprochées de l'ordre du mois) auprès des banques les fonds prêtés à leurs
clients. Pour toucher les petits porteurs (en fait les petits spéculateurs,
ceux-ci pouvaient acquérir des parts d'« investment trusts » ou de
« holding companies » lesquelles achetaient des actions avec les
souscriptions de leurs clients, ceux-ci se finançaient par des emprunts
garantis par les souscriptions ainsi financées, enfin les « investment
trusts » ou les « holding companies » empruntaient pour acquérir
des actions. La hausse des cours des actions a donc été alimentée par de
véritables pyramides de crédits lesquelles au moment du retournement des
tendances à la bourse se sont alors révélées autant de châteaux de cartes.
Parallèlement l'immobilier connaît de fortes hausses elles aussi financées à
crédit. Au cours de l'été 1929 l'endettement privé américain atteignait
quelques 230% du PIB (176% en 2007).
La Deuxième phase
La deuxième phase correspond à la baisse brutale des cours des actions sur le marché du « NYSE » à
Wall Street et aux effets immédiats. La surévaluation des cours entraîne des
tendances à des prises de bénéfices ou plus exactement à des « ordres
stop » permanents de certains spéculateurs auprès de leurs
« brokers » ces « ordres stop » prévoient des ventes
automatiques lorsque les cours descendent au dessous d'un certain seuil. C'est
ce qui s'est passé le 24 octobre 1929. La baisse des cours efface la partie des
acquisitions effectuée par les 10% de fonds propres, ils doivent donc être
impérativement reconstitués, cela s'appelle des « appels de marge »,
pour les financer les spéculateurs sont contraint de vendre leurs actifs
c'est-à-dire leurs actions, or dans ce cas il n'y a pas d'acheteurs sur le
marché les cours alors s'effondrent d'autant plus. Les deux premiers jours, les
banques se sont portées acheteuses sur le marché puis elles ont remplacé leurs
achats par des déclarations optimistes. Les pertes subies par les petits
porteurs ont été d'autant plus sévères que les actions avaient été financées à
crédit jusqu'à 90% des valeurs d'achat, à vrai dire cependant de la fin octobre
1929 à l'été 1930, la bourse a connu cinq rebonds c'est-à-dire cinq hausses
intermédiaires et au début de l'été 1930 la moitié des pertes avaient été
rattrapées, ce phénomène fut plus tard appelé le « suckers' rally »
(la « charge des pigeons »). La crise boursière entraîne une
extension de la crise du crédit : Les américains vivent à crédit, les
difficultés de remboursement des « call loans », crédits à
l'acquisition d'actions s'étendent alors aux autres crédits aux personnes,
l'immobilier, les voitures, les cartes de crédit, et enfin les entreprises
elles mêmes. C'est l'origine de la troisième phase de la crise de 1929 - 1930.
La Troisième phase
La transformation des créances en créances douteuses érode la valeur des actifs des prêteurs
c'est-à-dire des banques les actifs deviennent invendables sur des marchés sans
acheteurs les créanciers commencent à exécuter les débiteurs les banques
exécutent les brokers qui font faillite, puis les banques s'exécutent entre
elles et les plus faibles partent à leur tour le ventre en l'air.
Il n'y avait pas de garanties publiques des dépôts aussi en cas de faillite d'une banque les déposants ne récupéraient qu'une partie de leurs dépôts, ils deviennent donc méfiants et il est naturellement préférable de sortir avant les autres quand cela tourne mal c'est l'origine de la panique bancaire d'abord aux Etats-Unis. En novembre 1930, 256 banques avec 180 millions $ de dépôts font faillite suivies en décembre 1930 par 532 banques avec 370 millions $ de dépôts.
La faillite, le 11 décembre 1930 de la « Bank of the United States » avec plus de 200 millions $ de dépôts porte un coup décisif à la confiance, elle n'était qu'une simple banque commerciale mais son nom même lui donnait une apparence officielle.
Une Quatrième phase se développe alors
Les banques même celles qui ne partent pas le ventre en l'air doivent faire face à de gros retraits de
dépôts à vue, elles doivent donc accroître leurs liquidités, en fait elles
subordonnent tout à la reconstitution de leurs liquidités que dès lors elles
thésaurisent. Elles ne renouvèlent alors pas leurs crédits. Il en résulte alors
un phénomène « d'accélération de la crise » (terme employé par
l'actuel Président de la « Federal Reserve » lors de ses études
doctorales sur la Dépression des années 1930 aux Etats Unis). De 1929 à 1933,
les crédits aux entreprises fondent de moitié, devant le refus des banques de
renouveler les crédits aux échéances les entreprises vendent à perte pour
acquérir les liquidités nécessaires au remboursement des crédits non
renouvelés, cela s'appelle une « trappe à liquidités », il en résulte
une concurrence sauvage sur les prix de vente, donc une forte déflation
(baisse) des prix. La déflation des prix entraîne une réduction de la valeur
des actifs des entreprises, mais les dettes restent, elles correspondent alors
à une part plus importante du financement des actifs (investissements), et il
se produit une évaporation des capitaux propres en quelque sorte
« mangés » par la dette, ce phénomène s'appelle la « déflation
par la dette ». De plus en plus endettées, les entreprises font fuir
d'éventuels investisseurs ou créanciers, pour survivre elles suppriment les
dividendes aux actionnaires, et elles reportent à des temps meilleurs leurs
investissements de croissance et de productivité, seuls restent les
investissements d'entretien. Partout, dans les entreprises qui n'ont pas fermé,
la chasse aux emplois pousse une partie de la main d'œuvre à rejoindre les
chômeurs des entreprises en faillite, la consommation s'effondre. La crise de
1929-1930 a donc été une crise à la fois complexe et de grande ampleur, moins
immédiate qu'il n'apparaît, elle s'est déroulée donc en quatre phases :
- La formation de la bulle spéculative financée à crédit,
- La liquidation de la bulle boursière avec un désendettement forcé,
- La transmission au système bancaire des effets du désendettement forcé
provoqué par la liquidation de la bulle spéculative,
- L'arrêt du crédit aux entreprises dès lors forcées de rechercher à tout prix
la liquidité, avec pour conséquences l'arrêt des investissements et la chasse
effrénée à la réduction des emplois.
Lorsqu'enfin les entreprises et banques survivantes eurent reconstituées leurs
liquidités les activités purent alors reprendre.
LA CRISE DE 2001
La crise de 2001, ou « bulle internet » fut à la fois plus simple et de bien moins grande ampleur. A partir du début des années 1990, les Etats-Unis connaissent une croissance économique poussée par le développement des technologies de l'information, surtout l'informatique et internet, vers 1995, ces technologies concourraient à 6% du PIB américain mais à 35-40% de sa croissance. Vers 1997, l'application de ces technologies a attiré des anticipations de croissance et de bénéfices déraisonnables, c'est l'origine de la « bulle internet ». Plusieurs sociétés de télécommunications développent des réseaux de fibres optiques dont les capacités de chacun représentaient plusieurs dizaines de fois les trafics vraisemblables. L'engouement pour les « valeurs internet » cotées au « NASDAQ » ou marché américain des valeurs dites « Hitec » (hautes technologies) en traîne une surévaluation déraisonnable des cours. Euphoriques, les conseillers financiers expliquaient à leurs clients que les analyses à partir des « PER » (multiples cours bénéfices » étaient démodées, et conseillaient à leurs clients des achats d'actions à des cours de l'ordre de 100 fois les bénéfices futurs d'ailleurs les mesures des « PER » n'étaient plus effectuées à partir des derniers bénéfices mais à partir des bénéfices futurs estimés. Vers 1999, la théorie du « New Age » revient en force. La bulle se dégonfle à partir de septembre 2000, les cours des « actions Hitec » baissent en moyenne de 49% sur 26 mois, mais les effets de la liquidation de la bulle ne vont pas au-delà des marchés boursiers, à partir de 2003 les cours des actions montent très rapidement jusqu'en août 2007. La bulle internet fut donc une simple bulle spéculative boursière, mais sa liquidation ne mit pas fin à l'esprit spéculatif. Cela explique dans une large part un gonflement ultérieur d'une bulle spéculative dont la liquidation à partir d'août 2007 a entraîné l'actuelle crise qui d'abord financière spéculative atteint l'économie réelle depuis la mi septembre 2008.
LA CRISE DE LA DEREGLEMENTATION
La première phase : Voir question / réponse suivante.
La deuxième phase de la crise : La crise du crédit.
A partir de la fin 2005, les gestionnaires Alpha de la finance décident
d'ignorer les risques ils n'existent pas et de toutes façons les équations de
Maryon Scholes y pourvoiront, de fait les placements réalisés en 2006 et 2007
se caractérisent par la simple absence de toute mesure du risque. Autrefois
dans les mines charbon il y avait des canaris dont le chant affolé devait
avertir les mineurs sur les risques du grisou ou du poussier. Le canari chanta
le 22 juin 2007 : ce jour là les fondateurs du « Hedge fund »
Blackstone ont revendu leurs participations pour 3 milliards $ les deux tiers
aux petits actionnaires et le dernier tiers à un fonds souverain chinois. Les
fondateurs savaient, les petits actionnaires sont les derniers à savoir après
avoir perdu leur galette, quand aux chinois ils ne sont toujours pas contents
(ils auraient dû savoir qu'au cours de la deuxième moitié du XIXème siècle les
américains ont passé leur temps à vendre aux anglais et aux néerlandais à prix
fort leurs chemins de fer pourris pour les racheter à prix d'ami après la
faillite, c'est l'origine même des fortunes des Grandes Familles américaines,
et quand la Banque d'Angleterre n'arrivait pas à éteindre le désastre la Banque
de France servait de prêteur en dernier ressort et toujours remboursé,
l'histoire économique ça peut parfois servir)… Le 9 août 2007, Bear Stearns
cesse de coter deux de ses fonds de placements car même les équations Maryon Scholes
n'arrivaient plus à en déterminer la valeur… Cette fois ci sur les marchés
financiers les investisseurs institutionnels (les célèbres
« zinzins ») décident de ne plus acheter un seul instrument de crédit
ni d'ailleurs le moindre titre de dette d'une Banque : la deuxième phase
d'une crise financière commence toujours quand « Chat échaudé craint l'eau
froide ». Au début les « banquiers raisonnables » et surtout les
gestionnaires des portefeuilles d'actions clament que c'est passager que les
pertes sont au plus de 50 milliards $ et que « si il faut vendre au son du
violon il faut acheter au son du canon » ceux qui ont suivi ce conseil
n'ont pas vraiment bénéficié d'une asymétrie favorable d'information… A la
mi-mars 2008 le canon tonne toujours et il n'y a plus d'acheteurs sur le marché
financier, depuis le 9 août 2007 il est devenu impossible de placer des CDO
même notés AAA, et d'ailleurs aucun établissement financier aucune banque ne
peut placer un titre de dette quelque soit son appellation. Sur les marchés
financiers même les titres de dette financière notés AAA se négocient en
théorie à 60 cents le dollar, c'est d'ailleurs théorique car il n'y a tout
simplement pas d'acheteurs même les fonds vautours à l'affût des carcasses sur
les marchés n'y vont pas. Chez les banquiers anglo-saxons c'est la panique
scandalisée : leurs actifs valent en réalité beaucoup pus que l'évaluation
d'un marché dominé par les fous. L'ennui c'est que leurs investissements sont
évalués d'après le marché (avant 2007 les bénéfices sur les marchés gonflaient
les bilans donc les bonus des « traders » et surtout des dirigeants),
or depuis la Loi « Sarbanes Oxley » votée par le Congrès américain à
la suite du scandale d'Enron (un trader à la comptabilité innovante dynamique
inventive et audacieuse pour laquelle son PDG, M. Skilling a été récompensé par
24 ans de prison), les comptables sont pénalement responsables des comptes
qu'ils certifient, et évidement le comptable ne veut pas aller en taule à la
place du banquier… Les Banquiers espagnols et français pavoisent dans la
douceur de l'euphorie : ils ont conservé l'ancienne comptabilité à la
valeur d'achat et donc ne sont pas forcés d'afficher des pertes. Que se
passe-t-il ? Les investisseurs sont méfiants et c'est connu on ne fait pas
boire un âne qui ne veut pas boire, mais surtout, les évaluations mêmes
théoriques du marché affichent des pertes sur les investissements financiers
des heureuses années notamment 2006 et 2007. Et surtout les investisseurs sont
eux même des emprunteurs, or avec la crise l'adage du banquier oublié pendant
le gonflement à crédit de la bulle revient en force : « les actifs
(investissements) s'évaporent les dettes s'accrochent ». Le phénomène qui
domine alors toutes les deuxièmes phases d'une crise (et aussi les suivantes)
s'impose alors : tout le monde cherche à se désendetter, ceux qui ont des
liquidités fuient le risque et cherchent la sûreté, c'est-à-dire les bons du
Trésor des Etats sérieux (dont la France paresseuse des 35 heures, aux
innombrables fonctionnaires budgétivores et qui vit au dessus de ses moyens). A
la différence de la crise de 1929 la Federal Reserve américaine abandonne la
punition du hasard moral, et décide de refinancer les besoins de liquidités des
banques pour éviter leur faillite, cette politique constante depuis le début de
la crise a incontestablement empêché la faillite systémique bancaire (la
faillite du système des banques). Lorsque entre le 13 et le 17 mars 2008, la
banque d'investissement (en réalité le fonds requin) Bear Stearns part le
ventre en l'air, son partenaire principal Morgan Stanley risque d'être entraîné
par le « risque du partenaire », la Federal Reserve participe au
sauvetage du partenaire de Morgan Stanley avec la création d'un fonds de
financement d'actifs financiers devenus radio actifs financé à hauteur de 29
milliards $ par la Federal Reserve. Cette fois ci tous les traders et même
leurs chiens clament « la crise est finie il faut acheter à la
Bourse », ceux qui n'ont pas suivi ces conseils n'ont pas perdu d'argent.
En effet le sauvetage de Bear Stearns ne fait pas acheter les institutionnels
sur les marchés financiers, certes les évaluations des actifs financiers
s'améliorent mais de façon fictive puisqu'il n'y a toujours pas d'acheteurs,
fin juin 2008 elles reviennent au niveau de mars 2008. La troisième phase de la
Crise débute en deux temps, d'abord en juillet 2008 avec l'impossibilité pour
les banques de se recapitaliser, puis en septembre 2008, le 15 septembre 2008
la faillite (pourtant programmée depuis la fin mars) de Lehman Brothers relance
la crise financière, tandis que la crise s'étend de la crise financière
spéculative à la crise de l'économie réelle. A partir de mars 2008 les banques
sont fortement incitées à se recapitaliser. Elles essaient pour la plupart
d'émettre des actions nouvelles afin de reconstituer leurs capitaux propres
mais les cours en bourse sont très dépréciés (souvent -50 à -60% par rapport au
printemps 2007), elles essaient aussi d'émettre une catégorie particulière
d'obligations (appelées « Covered bonds ») garanties à la fois par la
banque et par des investissements particuliers, l'ensemble permet de lever des
capitaux mais pas suffisamment. Ces fenêtres d'opportunité se ferment en
juillet 2008, deux banques britanniques qui essaient d'émettre des nouvelles
actions n'y parviennent pas, des fonds spéculatifs (les Hedge funds) vendent
« à terme » des actions de ces banques sans les posséder pour les
racheter moins cher, ces spéculations réussissent mais la baisse des cours des
actions de ces deux banques les placent au dessous des cours prévus pour
l'émission de nouvelles actions, résultat personne ne les achète… La crise
financière repart de plus belle en septembre 2008. Tout d'abord les banques
cessent de se prêter entre elles, or qui ne connaît mieux les banques que les
banquiers ? Si ils cessent de se prêter entre eux c'est qu'ils n'ont pas
confiance. Le Trésor fédéral américain procède à l'acquisition forcée de 80%
des actions de deux sociétés de garantie des obligations hypothécaires américaines,
elles garantissaient 40% du marché américain mais ne disposaient plus des
capitaux nécessaires. Le 15 septembre une célèbre banque d'investissement
américaine, Lehman Brothers fait faillite, un grand nombre de fonds partenaires
de cette banque perdent les actifs (placements) déposés auprès de Lehman
Brothers c'est ce que l'on appelle la réalisation du risque du partenaire. Le
18 septembre le Trésor fédéral ouvre une garantie de 85 milliards $ (depuis
portée à 120 milliards $ pour soutenir l'AIG c'est-à-dire le deuxième assureur
du monde avec 1050 milliards d'actifs gérés, il obtient en échange 80% des
actions de l'AIG. L'ampleur de la troisième phase de la crise financière peut
se mesurer à partir des interventions des banques centrales et des Etats :
en août 2008 le bilan de la Federal Reserve s'établissait à quelques 867
milliards de $ dont près de la moitié prêtés aux banques américaines sur des
lignes d'urgence à court terme mais déjà les initiés savaient que ces crédits
passaient à terme indéfini, c'est-à-dire la durée de la crise financière ;
à la mi-décembre les actifs de la Federal Reserve sont passés à plus de 2 000
milliards de dollars dont 1 700 milliards pour soutenir les banques et 300
milliards de dolars de « papier commercial émis par des entreprises non
financières, ce qui est une première dans l'histoire de la Federal Reserve, il
est à présent admis que d'ici la fin janvier 2009, les actifs seront dans une
fourchette de 2 500 à 3 000 milliards de dollars, ce qui donne une idée du financement
d'urgence par la Federal Reserve du système financier américain ; début
octobre 2008 le Congrès américain a voté 700 milliards de dollars pour un fonds
d'urgence de soutien du système financier américain (17,4 milliards de dollars
sont redéployés pour éviter la noyade de General Motors), 335 milliards de
dollars ont déjà été engagés. Avec 2 335 milliards de dollars engagés sur 3 700
milliards de dollars déjà prévus le sauvetage du système financier américain
mobilise environ 16% du PIB américain. Une quatrième phase de la crise a débuté
à peu près en même temps que la troisième, il s'agit de l'extension de la crise
à l'économie réelle. Elle concerne d'abord le secteur de la construction :
En France les mises en chantier de logements tombent de 500 000 en 2007 à
300 000 en 2009, soit -40%. Le secteur automobile suit de près :
depuis octobre 2008 les immatriculations ont baissé de 40% aux USA, 50% en
Espagne, 37% en Grande Bretagne, 30% en Italie, 27% en Corée, 18% en Allemagne,
15% en France, en Chine, au Brésil, et au Japon. Les grandes entreprises des
secteurs atteints, la construction, l'automobile, mais aussi la sidérurgie et
l'aéronautique, subissent des arrêts purs et simples des commandes. De tels
chiffres n'avaient pas été enregistrés en France de puis 1932, or l'histoire
enseigne que la crise de l'économie réelle des années 30 a débuté dans les
secteurs de la construction et de l'automobile. Comme la Crise de 1929, la
crise de 2007 se développe par des phases successives avec des délais de réalisation
semblables, cela signifie très vraisemblablement que les deux bulles qui ont
causé les deux crises sont d'une ampleur (relative aux PIB) semblable,
toutefois l'une des leçons de la Crise de 1929 a été retenue, la Federal
Reserve n'a pas laissé imploser le système bancaire.
Chronic'art #67 - Let's get Lost ! Jazz à la villette au Point Ephémère : All Night Long with DJ Mehdi Street Tease Birthday au Nouveau Casino Washed out sur The Drone
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