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14/04/04 - Cyber - Entretien (1)
- entretien en complément du papier publié dans
Chronic'art #14, en kiosque -Chronic'art : Quelles étaient, à l'époque, tes intentions lorsque tu as créé La Spirale ?
Laurent Courau : Juste l’envie d’apporter un éclairage sur des initiatives artistiques et culturelles dont les médias, à l’exception de certains fanzines et de quelques rares émissions de radios associatives, ne se faisaient pas le relais. La lecture des romans de William Gibson et des écrivains cyberpunk m’ayant secoué, j’avais besoin de passer à l’action en apportant ma petite pierre à l’édifice. C’était le milieu des années 90, l’époque des débuts du Web, de la vague techno-industrielle avec des groupes comme Ministry, les Revolting Cocks ou Peace, Love and Pitbulls. On s’essayait aux images de synthèse, à l’animation sur ordinateur, etc. Tout semblait neuf. Nous sortions tout juste de la déferlante hardcore-punk américaine de la fin des années 80. Il y avait encore pas mal d’énergie dans l’air. Mais je n’imaginais pas une seconde que la publication de quelques textes sur le Net m’entraînerait dans une histoire aussi longue. Rien à voir avec le foisonnement de business plans et la prolifération de start-ups dans les années qui ont suivi. Je n’ai jamais eu de programme prédéfini, pas plus de véritables intentions. La création de La Spirale s’est faite de manière on ne peut plus spontanée.
Qu'en est-il aujourd'hui ?
Ma principale motivation reste encore et toujours le plaisir de la découverte et des rencontres, même virtuelles. En ajoutant à ça qu’il est tout de même plus drôle d’interviewer un évangéliste satanique, un freak adepte des modifications corporelles, une artiste numérique transsexuelle ou un savant fou spécialisé dans l’implantation de puces électroniques dans le corps humain que d’écrire un papier sur les mérites comparés des programmes électoraux de François Hollande et de Jean-Pierre Raffarin, voire une critique du dernier roman d’autofiction d’un jeune écrivain parisien qui n’intéresse personne si ce n’est son éditeur. Et quoi qu’on en pense, ça n’est pas nécessairement plus idiot. Les excentriques qui s’affichent dans La Spirale ont beaucoup de choses à dire sur le monde dans lequel nous vivons et sur ce qui nous attend dans les années à venir, aussi inquiétant ou surprenant que cela puisse paraître. Le futur est à eux, tant pis pour les autres. La réalité telle qu’on nous l’a inculquée durant notre prime jeunesse n’existe plus, qu’elle repose en paix. Bienvenue dans le nouveau désordre mondial !
Comment réalises-tu généralement tes interviews ? Par mail, de visu ?
Les interviews sont dans leur immense majorité réalisées par mail. Il serait impossible de faire autrement. Pour te donner un exemple, ma première interview de Maurice G. Dantec, réalisée de visu, a duré plus de quatre heures et m’a demandé près d’une semaine de retranscription. Il me serait impossible d’assumer une telle charge de travail pour chaque interview. La Spirale est donc financièrement condamnée aux échanges virtuels, ce qui fait finalement partie de sa dynamique et contribue à l’énergie du site. Comme j’ai eu l’occasion de le dire à Rick Rinker, l’évangéliste satanique du 600 Club, pour rassurer ses inquiétudes sur une éventuelle manipulation de ses propos : "Le site fonctionne comme un lien direct entre vos claviers et les écrans de nos lecteurs".
Question pénible, désolé : en terme d'organisation (choix des sujets, rédaction des papiers, intégration, maintenance technique, coûts, etc.), comment fonctionne La Spirale ?
Rien de plus simple. Je m’occupe seul du site, à l’exception de la gestion de la base de données qui est assurée par un ami informaticien et transformiste d’origine toulousaine, et je réalisais jusqu’à récemment la majorité des sujets. Heureusement, le site bénéficie de plus en plus fréquemment de contributions de lecteurs et d’amis. Ce qui me permet de respirer et d’envisager d’autres déclinaisons pour son contenu, comme cette anthologie qui m’a demandé plusieurs mois de travail. D’un point de vue financier, maintenir le site en ligne coûte trois fois rien, moins de 15 euros par mois. Il s’agit avant tout de se faire plaisir, ce qui reste à mon sens le meilleur moteur. A ce stade-là, il n’est même plus question de micro-économie et ça fait plus de huit ans que ça dure.
Sinon, personnellement, j’alterne entre mes différentes casquettes… Graphiste, journaliste ou réalisateur de films documentaires. De fait, le temps que je passe à travailler sur le site est assez variable. Environ l’équivalent d’une journée par semaine. Mais il m’arrive parfois de ne pas y toucher pendant plusieurs semaines, notamment lorsque je pars en tournage dans des zones insalubres où les cybercafés se font rares.
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