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© Les Éditions Réticulaires, 1997-2007
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Compte-rendu quotidien, en direct de Nantes, de la 9e éditions des Utopiales, le festival international de la science-fiction, qui se déroule du 29 octobre au 2 novembre 2008.
[02.11.08]

C'est le dernier jour, et il ressemble à tous les autres ; le soleil n'a pas percé une seule fois depuis mercredi, et le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle®. A 11h30, le mancunien Jeff Noon (lire nos chroniques de Pixel juice et NymphoRmation, ainsi que notre portrait de l'auteur dans Chronic'art #50, en kiosque) nous attend, pour un entretien de trois quarts d'heure plutôt décontracté. Nous squattons de nouveau une salle réservée aux organisateurs (on s'est fait engueuler hier), mais nous sommes avec un punk, un vrai, estampillé 77, so fuck it, let's go ! L'accent de Manchester est un peu étrange, mais deux jours après Duncan, c'est du velours (l'intégralité de l'échange sera en ligne cette semaine, promis, ainsi que celui de William Gibson - cf. jour #4).
Aujourd'hui, il ne se passera pas grand-chose (qui a dit « comme d'hab' » ?), les conférences sont terminées, les rencontres avec les écrivains aussi. C'est dimanche, le jour des familles, et la tendance sera à l'entertainment : cinéma, jeux vidéo, jeux de plateau, « espaces de création »… Journalistes et éditeurs affichent de petites cernes, mais rien de grave, pas de soirée décadente-cannoise à l'horizon. C'est un milieu sage, en somme. Pas de rumeurs d'orgies sexuelles non plus, et à part les gros sabots de Pierre Dubois, le conteur ardennais, quand une journaliste l'interviewe (« Vous êtes un peu touche-à-tout… - Ne me tentez pas ! »), l'ambiance n'est pas trop aux grandes chaleurs (la faute sans doute à une parité loin d'être respectée...).
Alors quel bilan tirer de ces Utopiales ? L'affiche était prometteuse, le casting énorme, et le thème alléchant ; la réalité fut en partie une déception. Freud dirait que c'est le principe même de la réalité, donc de quoi se plaint-on, mais quand même. Le cadre des discussions rendait l'échange difficile ; cinq personnes assises sur un canapé abordant, dans des langues différentes, des sujets extrêmement vastes pendant cinquante minutes, devant un public qui va et vient. Le résultat est souvent confus, comme un amphi de première année un vendredi soir. Les intervenants versent aussi régulièrement dans l'auto-promo, ce qui est bien normal après tout, ils ont des livres à vendre, et la littérature de science-fiction n'est pas un marché miraculeusement épargné par la crise (du livre, de la finance, etc.). Mais le gain cognitif à l'écoute de ces débats est, du coup, assez faible.
La proximité avec les auteurs reste le principal atout du festival ; présents toute la journée à la librairie, au bar, ou près de la scène, ils ne rechignent jamais à répondre aux questions, à boire un coup ou échanger quelques mots. On les retrouve le soir, devant une assiette ou une pinte (Hal Duncan a une bonne descente), sympathiques et accessibles, dans une ambiance bon enfant. La science-fiction n'est pas un nid de révolutionnaires, elle a même largement perdu de sa portée subversive (Jack Barron, Tous à Zanzibar, ou les nouvelles de Ballard étaient des brûlots), pour devenir une industrie de loisir comme une autre, et il n'y a pas particulièrement de quoi se lamenter ; la qualité de la production actuelle est bonne, et les lecteurs nombreux. Reste que l'on a un peu l'impression d'assister au ronronnement d'une grosse machine, tranquillement lancée sur ses rails, que rien ne vient perturber ; un ensemble policé, sans coups d'éclats, où les débats non-contradictoires prennent un tour un peu artificiel. Un sentiment domine, alors que nous quittons la Cité des Congrès, toujours sous la pluie : on va enfin pouvoir revenir à l'essentiel, après cinq jours de coupure… lire des livres.
PS : Merci à Yoann et à la FRAC de Carquefou pour l'accueil, à Hal Duncan, William Gibson et Jeff Noon pour leur temps, à Mathias Echenay et Anne Vaudoyer pour avoir joué les entremetteurs, et à Johann, Laure et Chronic'art pour le reste.
Voir le site officiel des Utopiales : www.utopiales.org/2008
[02.11.08]