Antoine Bello
Les Falsificateurs
Gallimard

Avec Les Falsificateurs, l'excellent Antoine Bello, littérateur discret expatrié à New York, réussit le grand chelem : une intrigue formidablement prenante, un pari borgésien tenu sur 500 pages et une réflexion saisissante sur l'information, le mensonge et la manipulation. Vous croyez vraiment tout ce qu'on vous dit à la télé ? Ne soyez pas dupes : même quand c'est vrai, c'est faux. Un petit chef-d'oeuvre, et le meilleur roman de l'année.
cf. Chronic'art #34.
TOPS 10 PERSOS
Antoine Volodine
Songes de Mevlido
Seuil

On n'en finit plus de dire tout le bien qu'on pense d'Antoine Volodine : chaque année, un nouveau livre vient confirmer que son oeuvre est bien la plus originale, profonde, riche et inclassable de la littérature française d'aujourd'hui. Confirmation, si besoin était, avec ces Songes de Mevlido qui sont aussi, peut-être, les plus sombres de toute son œuvre à facettes. Indispensable.
cf. Chronic'art #38.
William Gass
Le Tunnel
Cherche-Midi

Cela faisait des années que Claro rêvait de traduire cette cathédrale postmoderne improbable : à l'entendre, c'est même pour ça qu'il a créé sa collection, « Lot 49 ». C'est désormais chose faite : avec Gass, c'est l'un des hérauts de la littérature américaine contemporaine qu'on (re)découvre en France, et à travers l'un de ses livres les plus complexes et réussis. Certains, à la rédaction de Chronic'art, sont toujours coincés dans le tunnel.
cf. Chronic'art #33.
Jacques Chessex
Le Vampire de Ropraz
Grasset

Sur un fait divers (réel) qui s'est déroulé en Suisse romande au début du vingtième siècle, Jacques Chessex compose un court livre plus que parfait : écriture d'une élégance et d'une sobriété absolues (pas un mot de trop), violence retenue, atmosphère saisissante, final éblouissant. Autant de qualités dans si peu de pages, voilà qui n'est pas si fréquent. Un petit chef-d'oeuvre à l'ancienne.
cf. Chronic'art #33.
William T. Vollmann
Actes Sud

Vollmann est-il le plus grand écrivain américain vivant ? C'est ce qu'on se demandait en septembre dernier à propos de Central Europe. Toute la manière Vollmann est là : les dimensions excessives, le souffle, l'appréhension globale de l'histoire (celle du début du XXe siècle en Europe : la guerre, le totalitarisme naissant, l'ère des foules, et Chostakovich en guest-narrateur de luxe), la violence. Monument supplémentaire dans une oeuvre qui n'en manque pas.
Eric Reinhardt
Cendrillon
Stock

Certes, il y a environ 4455 reproches à faire à Cendrillon, l'un des romans les plus commentés de la rentrée 2007. Mais comme il y a aussi 5567 louanges à lui tresser, on le garde comme l'un des livres les plus marquants de cette année : Reinhardt mélange autobiographie, critique du monde contemporain, regard sur la finance délirante, récit d'imagination à niveaux multiples et paranoïa personnelle dans un mille feuilles à la structure aberrante et passionnante.
cf. Chronic'art #38.
Yannick Haenel
Cercle
Gallimard

Haenel se savonne certes la planche à travers ses discours parfois emphatiques sur le devenir de la littérature et sa filiation proclamée et souvent ridicule au vieux has-been Sollers ; reste qu'avec Cercle, il publie l'un des meilleurs livres de l'année, un roman sur la dérive et la plongée dans le vide à l'élan poétique irrésistible. On peut lire en parallèle De l'extermination considérée comme l'un des beaux-arts, de son compère Meyronnis, qui en forme en quelque sorte le chapitre théorique.
cf. Chronic'art #40.
Dennis Cooper
P.O.L

Non, ça n'est pas pour son titre qu'on retient ce roman de Dennis Cooper dans notre top 10 de l'année. C'est tout simplement parce que : 1 - c'est le meilleur de son auteur, qu'on suit depuis quelques temps déjà ; 2 - c'est aussi le plus dégueulasse, ce qui constitue en soi un record ; 3 - mais surtout, c'est une réflexion éblouissante et hyper-habile sur le mensonge, la rumeur et le fantasme, dans le décor glauque et fascinant de la prostitution gay américaine. Ames sensibles s'abstenir, mais vous manquez quelque chose.
Mark Z. Danielewski
O révolutions
Denoël

Génie ou arnaque ? Danielewski a suscité la polémique avec ce deuxième roman, un road-book panaméricain écrit dans les deux sens, avec trop de contraintes pour que nous ayons la place de les résumer ici, et un résultat littérairement désarçonnant, entre apogée de l'héritage postmoderne américain, paroxysme de la littérature à contrainte et filiation cachée du roman d'amour sauvage et adolescent. Le débat continue, mais on a choisi notre camp.
cf. Chronic'art #38.
Régis Jauffret
Microfictions
Gallimard

500 historiettes d'une page et demie, classées par ordre alphabétique, dans un pavé dont le format en soi est une curiosité. Régis Jauffret continue ses expériences littéraires, approfondit ses obsessions, et confirme quelque chose qu'on savait déjà mais qu'il n'est jamais inutile de rappeler : bien plus que l'écrivain du sordide à quoi la critique a souvent tendance à le résumer, il est avant tout un formidable formaliste, un expérimentateur pur et dur dont la démarche s'avère chaque fois cohérente, livre après livre.
cf. Chronic'art #33.