James Gray
Cinéaste mal-aimé, ou pas assez, James Gray livre avec son troisième film une messe basse d'une puissance prodigieuse. Le rouquin se pose en héros d'un néoclassicisme qui ne veut pas mourir, réactivant des schémas vieux comme le monde et, plutôt que de perdre son temps à les pulvériser, les fait chanter à l'unisson de la musique
désormais reconnaissable de son style : teintes funèbres et crescendo à grande allure, voltes brillantes et solos virtuoses.
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David Lynch
Après le triomphe de Mulholland drive, le cinéaste réalise main dans la main avec une Laura Dern extra-humaine une odyssée dans la folie du couple qui s'achève dans la joie mais dont on ne revient pas indemne. Comment fait-il, Lynch, pour se ridiculiser à travers le monde avec sa caravane de gourous de Prisunic et, tous les cinq ans, sortir des films aussi beaux ? |  |
Abdellatif Kechiche
Abdellatif Kechiche s'est bien remis du succès de L'Esquive et livre un objet un peu monstrueux qui est bien davantage que la somme des morceaux de bravoure qui le composent. Le cinéaste réussit là où, depuis Pialat, tout le monde avait échoué : faire d'un film un grand corps, où ce qui entre (la nourriture) est transformé puis recraché en énergie vitale et salvatrice. |  |
David Fincher
Un miraculé : David Fincher, clipeur un peu talentueux mais surtout trop roublard pour être
honnête, est revenu de l'enfer du cinéma publicitaire pour réaliser ce grand polar dépressif et éreintant. A son personnage de serial-killer, Fincher doit sa plus grande réussite, de loin. Pourvu qu'il reste dans cette humeur-là. |
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Quentin Tarantino
Tarantino s'impose définitivement en théoricien hype et décontracté d'un cinéma post-moderne, soit le programme quasi scientifique de conceptualisation ludique du cinéma. La virtuosité naturelle de Tarentino, sa capacité à fabriquer de grandes scènes sur trois fois rien et son génie de l'écriture et du langage ont fait le reste. |  |
David Cronenberg
Un Cronenberg mineur ? A la suite du génial History of violence, Les Promesses de l'ombre impose une certaine grandeur. Un plan furtif sur des personnages juchés sur une moto sortie d'un roman d'aventures des années 30 annonce aussi, de concert avec L'Homme sans âge de Coppola, un retour du serial, de la péripétie, de l'aventure. |  |
Quentin Dupieux
L'anomalie absolue de l'année. Sorti comme un blockbuster pour deux stars comiques en rupture, rejeté massivement et finalement peu vu, Steak se situe sur un noman's land qu'il arpente seul, comédie schizophrène et film en costume détraqué. Bref, une manière de chef-d'oeuvre ou d'étoile déjà émouvante par son infinie solitude. |
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Eric Rohmer
Toujours vert, Eric Rohmer, 87 ans, s'échappe côté campagne le temps d'adapter l'Astrée de
Honoré d'Urfé sous forme d'un conte atemporel d'amour et de mystification. Renonçant à l'artificialité qui prévalait pour lui à l'époque de Perceval, le cinéaste vagabonde parmi les feuillages et livre une méditation sensuelle
sortie d'on ne sait quel manuscrit médiéval. |  |
Apichatpong Weerasethakul
La nouvelle douceur du divin Thaï reprend la structure bicéphale de ses précédents films tout en versant du côté de l'autobiographie. En filmant la love story de ses parents, Apichatpong poursuit la rêverie d'un cinéma ouvert à tous les possibles. Ses machineries aussi complexes qu'éthérées se régénèrent automatiquement, comme par magie, et c'est beau. |  |
Brad Bird
Pixar forever : les aventures d'un rat d'égout se rêvant Bocuse dans l'excitation d'une cuisine
de grand restaurant. Investissant un imaginaire plus classique et plus humain, le studio prouve une fois de plus qu'il n'a pas de rival. Chatoiement des couleurs, valse des matières, énergie vibrionnante du moindre pixel ; un film qui sent bon. |