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Blog Ere de rien
Sime 07

Au SIME (Scandinavian Interactive Media Event), qui se déroule les 14 et 15 novembre 2007 en Suède, les plus grands dirigeants des industries du Net, des Telecoms et des médias intéractifs se réunissent pour échanger et partager des idées sur le monde "qui va encore plus vite" de demain. Reportage-blog quasi live from Stockholm de Peggy Sastre et Charles Muller, nos deux mutants dépêchés sur place pour voir si la netocratie y était...

Ils sont où les netocrates ?

[14.11.07]

La nuit commence à tomber à 15h30 alors que l'avion amorce sa descente. L'atterrissage sera d'ailleurs retardé (tempête de neige) et on tournera une demi heure dans les zébrures avant de connaître les joies du sol suédois. Premier contact : le gant d'un membre du staff de l'aéroport qui écrase une cigarette en demandant si on sait lire le gros panneau qui l'interdit ; ok, on le fera plus et on s'amusera désormais à compter les rares mégots qui jonchent les rues de Stockholm. Après un passage par le bus, Alexander Bard vient nous chercher à la gare centrale, en short et chaussettes comme toujours, et nous mène à notre hôtel dans sa petite Alfa-Roméo "de Rome et pleine d'instruments". Demain, il aura la grippe. Visite touristique express, la Suède n'éclaire pas beaucoup sa capitale mais la soirée rayonne grâce à la découverte du Burger King.

Lever trop matinal mais petit-déjeuner royal. Marché dix minutes sur les trottoirs gelés et croisé trois Français qui se croient seuls au monde. Le Berns qui accueille le SIME est un hôtel à salons professionnels lambda, si ce n'est que le sous-sol est transformé pour l'occasion en une sorte de bar lounge à bougies. D'autres salons dans d'autres salles, on se fait vite rembarrer si on franchit les frontières. Quelques écrans, des démos de télé sur mobile, les passes de presse nous attendent et la "baroque bling-bling" Beata Wickbom me félicite d'avoir osé la couleur, tant le noirgrisbeige règne ici en maître. Le SIME est en effet à 95% un salon de vendeurs qui cherchent des acheteurs, et vice-versa, du bon vieux business à papa sur des machines flambants neuves pour paraphraser les Netocrates. Rien de très globalement folichon, la netocratie est toujours minoritaire, comme l'avouera au déjeuner Jan Söderqvist (co-auteur avec Alexander Bard des Netocrates, traduit et publié en France fin janvier 2008 par Les Editions Léo Scheer). On boit du jus d'orange au gingembre et on récupère les premiers cadeaux corporate (pour le stick à lèvres webpower, yeah !), l'emploi du temps et le journal officiel de l'événement qui, pas de bol, est aux trois-quarts en Suédois.

Sous un habillage super ringard (Simply the best et La Guerre des étoiles), le show commence avec Ola Ahlvarsso, l'organisateur de l'événement, qui se félicite d'avoir battu cette année tous les records du SIME (plus de 1 000 places payantes vendues !). On commence à comprendre la novlangue du cyber-business : tout est affaire d'innovation, de creativity, de collaboration et d'opportunity, pour faire quoi ? On se demande un peu et Alexander Bard remet rapidement les choses dans leur contexte au premier tour de table " qu'est-ce qui est vraiment important aujourd'hui ? ". Toujours en short, et furibard. Internet, c'est à 90% les mêmes abrutis du monde réel, seulement en lieu et place du bowling et du bar PMU, ils passent leur temps sur Facebook et MySpace. L'avenir n'est pas au social networking de masse mais aux réseaux élitistes et fermés (il nous fait la réclame de www.asmallworld.net), le futur n'appartient pas aux créateurs d'outils mais aux découvreurs de talent, d'informations pertinentes, de connaissance exclusive... A côté, Esther Dyson, la super-cyber-humaniste (mais richissime investisseur) fait un peu la gueule, elle qui avait choisi de parler des mouvements de protestation en Birmanie et au Pakistan. Elle se fera une copine dans le public avec une partisane du "Give one get one" (G1G1, le programme caritatif "un ordinateur portable par enfant"). Sinon, Johann Staël von Holstein, le fondateur de Icon Medialab et Letsbuyit, nous raconte que la différenciation d'un mauvais contenu d'un bon se fera via un processus démocratique, que le futur, ce sont les GTS (Global Technology Services) et que bien sûr, tout ce qui a une valeur à un prix. Pour finir, un petit détour par Riget : le Danois Morten Lund, fondateur de LundKenner, qui visiblement s'est couché très tard (il avouera aimer le Danemark parce qu'on peut facilement aller fumer un joint en Hollande), explique qu'Internet c'est génial, parce que ça permet à des cancres hyperactifs de faire fortune et analyse son succès dans son pays natal par une blague marrante "It's easier to be a king in a shitland than a shit in a king's land". A 9h30, les netocrates sont fatigués.

Le reste de la matinée est globalement chiant, corporate corporate corporate. Il s'agit de Niklas Zennström (Skype, Kazaa, Joost) visiblement invité pour rassurer les Suédois de la salle sur leurs capacités à faire fortune, d'un tour de table sur l'avenir de la télévision (whah !) et d'une démonstration des nouvelles fonctionnalités des mobiles Ericsson (sans cadeaux à la presse, on ne pourra pas en dire plus). A 11h00, Tristan Nitot, Français et fondateur de Mozilla nous réveille un peu de notre torpeur happy yuppie face et lance les débats de la gratuité et des buts non lucratifs. C'est juste un survol et sa demi-heure de parole se concentre sur l'histoire de Nestcape et de Mozilla (évidemment le meilleur navigateur du monde). La suite (on espère), demain.

A 12h00, rendez-vous au restaurant du Berns (un japonais à la yummy soupe de lait de coco) avec Jan Söderqvist. Lui aussi s'est levé trop tôt (un premier rendez-vous à 7h00, pas si tôt que ça pour des gens qui dînent à 17h00...) et se fait une joie, avant de s'envoler pour Moscou puis Paris, de retrouver le soir sa petite famille. On parle de Netocrates (les gens du SIME n'ont rien compris et continuent à croire qu'ils vendront toujours leur soupe comme ils l'ont toujours fait), de l'Ukraine et de la Russie (si pauvres mais si netocrates), de putes, de porno, de Sarkozy, de grèves, de l'euro et de la sortie du livre en France... tant et si bien qu'on fait exprès de rater les premières conférences de l'après-midi (du style : combien valent les NTIC et comment faire fortune dans les casinos online ? pas grave donc). Dopplr, aussi, allez, on va dire qu'on s'en fout.

A 14h10, un bonze monte sur scène, c'est le fondateur de Cellspace Alex de Jong qui, en guise de présentation Powerpoint, nous passe des photos psychédéliques conçues par des artistes et des jeunes en difficulté, et nous explique que la mort n'existe pas sur le réseau. Il faut dire qu'il est atteint d'un cancer (ce qui explique la tonsure autant que le bouddhisme). Son dernier trip : le monde virtuel est désormais aussi réel que le monde réel, notre esprit se fragmente peu à peu dans le réseau qui accueille ses créations, le moi se dissout dans l'interactivité, le corps se dématérialise dans la machine, tout ce que nous transférons sur le réseau devient la forme moderne de l'immortalité. Bon, à trop regarder les volutes lentes et lourdes des animations psychédéliques, on s'est peut-être endormi juste avant la fin en digérant le lait de coco. Toujours est-il qu'Alex de Jong n'était pas mort à l'issu de sa conférence dans le monde réel, ce qui est déjà une bonne nouvelle virtuelle.

Le reste de l'après-midi passe excessivement lentement, entre l'impact d'Internet sur le business, les façons de transformer les industries en (e)ndustries (concept !), on passe beaucoup de temps au bar, on discute avec Michael Oreskes, charmant netocrate de l'International Herald Tribune, Tariq Krim de Netvibes, Esther Dyson qui croit qu'Abba est un groupe français, et Johann Johann Staël von Holstein qui nous explique que les gens aiment bien avoir peur, que ce soit de la peste ou de la déshumanisation des rapports sociaux... On rigolera enfin avec Dan Dubno, l'inspecteur gadget ex-CBS qui nous présente ses dernières trouvailles, dont le journal interactif texte-vidéo sur tablette extra-légère. Michael Oreskes en bave. Et plein d'autres trucs absolument inutiles, donc tout à fait fascinants : une caméra infra-rouge pour observer en direct les éléments les plus chauds du public (vu que l'IR, c'est émis par les corps chauds, note pour les nuls, on va donc dire que c'est un radar à chaudasses dans l'esprit de Dan) ; un applaudimètre collé au ventre qui exige de s'écorcher les mains pour atteindre le quota minimal acceptable par le conférencier ; une paire de chaussures Nike aussi équipée en microprocesseurs qu'une navette spatiale ; et une quinzaine de trucs que l'on a oublié. Dan conclut quand même sur un vibrant éloge de la science, de le technique et du design à l'usage des jeunes générations : en substance, "Nous, Américains ne serions même plus capables de fabriquer les objets que nous faisons faire par les Chinois". Heureusement que Dan ne vit pas en France où on ne sait pas comprendre le mode d'emploi, quand on arrive à ouvrir le carton.

A 18h00, c'est fini, on décline le trip bière-après-le-boulot qui s'offre à nous au bar et il est temps d'aller manger. Même si Alexander Bard a la grippe et ne peut pas nous sortir, on s'invite quand même dans son quartier ("le centre ultra-branché, le Marais de Stockholm !" qui, trop tôt ou trop tard on ne sait pas, ressemble à Dijon un lundi soir). Le sandwich suédois du MacDo est radicalement innovant, il profite de toutes les opportunités offertes par une réelle collaboration entre usagers et concepteurs, les oignons crus et la sauce au roquefort ont le goût du futur. Dodo.

Peggy Sastre et Charles Muller

Lire la deuxième partie de notre compte-rendu

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Octobre 2008

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