La note est indicative de la qualité du pilote et de l’intérêt qu’il suscite à suivre la série.

INSECURE – HBO

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Insecure figure parmi les bonnes surprises de cette rentrée. Superficiellement, on peut penser au pendant féminin d’Atlanta. La série est toutefois moins bizarre, de toute évidence désireuse de représenter l’expérience de vie d’une jeune Noire à Los Angeles au XXIème siècle. Une expérience similaire dans les grandes lignes à celle de n’importe quelle jeune femme, mais totalement différente dans tout un tas de détails.

Écrite, produite et interprétée par Issa Rae, Insecure rappelle, évidemment, immanquablement Girls. On y retrouve la finesse d’observation dans les situations plus ou moins gênantes de la vie de tous les jours, une écriture fraîche et moderne, proche du public à qui elle s’adresse directement sans pour autant ostraciser les autres (à l’inverse d’une Broad City qui peut se faire très technique dans son reference game) et, au coeur du projet, la grande histoire d’amitié entre Issa et sa BFF, son contraire tellement parfait que leur relation est l’évidence même.

Après quelques années de galère de développement, Insecure arrive enfin et prouve que cette longue gestation n’était pas inutile. La série est vraiment drôle, la vie nocturne de Los Angeles est palpable, l’identité du show déjà forte, marquée et irrésistible. Les voyants sont au vert pour la suite, dans la veine de ces excellentes « petites » séries dont HBO a le secret.

5/5

WESTWORLD – HBO

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Adaptation sérielle du Mondwest de Michael Crichton, Westworld reprend les grandes lignes du film en nous présentant un parc d’attractions western peuplé de robots là pour satisfaire les désidératas de leurs clients humains tandis que des scientifiques et planneurs stratégiques et autres représentants du sel de la terre tirent les ficelles dans l’ombre. JJ “Genius” Abrams et le petit frère de Christopher Nolan aux commandes obligent, ils subvertissent quelques-unes de ces grandes lignes en remplaçant le personnage original de Yul Brynner (le robot qui pétait un cable et zigouillait les humains), par un Ed Harris dans le rôle d’un on ne sait pas encore trop quoi qui cherche on ne sait pas trop quoi (mais vu l’oeuvre d’Abrams, ça doit être une clé USB). Comble du cool dans Westworld: un massacre de robots complaisamment tourné comme une charge héroïque de John Ford et montée sur une réorchestration ignoble tendance classico-western au bon goût David Guettaesque (des violons pour faire mélomane) de Paint It Black. Passé 12-13 ans, on peut être affligé, mais niveau spectacle il n’y aura rien de plus à se mettre sous la dent.

Côté propos puissants et thématiques impertinentes 3.0, les créatures se découvrent une âme tandis que les créateurs perdent la leur et la révolte gronde. Le film avait le bon goût de ne faire qu’une heure vingt, mais ce pilote penche du côté des écolos et recycle des décennies de SF en brassant du vent tendance éolienne pendant 1h10. Au vu de l’accueil dithyrambique des Experts Séries slash stagiaires en agence de pub sur Twitter, c’est bien parti pour durer quelques saisons comme ça. Les cautions « adulte » (un peu de sexe gratuit et quelques louches de violence malsaine labellisés HBO) et classe (de très bons acteurs qui ne sont pas sur de bons projets pendant qu’ils s’empêtrent là dedans) sont là et magnifiées par les dizaines de millions de dollars de budget de la série. C’est beau, c’est malin comme une partie de Pong, c’est vide, on se croirait devant iRobot.

Là où les séries SyFy sont ratées mais sympathiques car sans grandes prétentions, Westworld n’est que prétention mal placée et constante réjouissance à réinventer l’eau tiède à chaque séquence. Sur une heure dix, la note d’intention se fait redondante. On passe mais le succès est assuré.

Après tout, c’est vendu comme le prochain Game of Thrones.

0/5

FREQUENCY – THE CW

Frequency -- "Pilot" -- Image Number: FRQ101h_0009.jpg -- Pictured: Peyton List as Raimy -- Photo: Bettina Strauss/The CW -- © 2016 The CW Network, LLC. All rights reserved
Frequency — « Pilot » — Image Number: FRQ101h_0009.jpg — Pictured: Peyton List as Raimy — Photo: Bettina Strauss/The CW — © 2016 The CW Network, LLC. All rights reserved

Adaptation de Fréquence Interdite, petite série B efficace comme on n’en fait plus, Frequency débarque sur la CW (que l’on attend plutôt sur les bluettes pour ados ou le sauvetage de l’univers DC  Comics sur les écrans) et est peut-être l’une des séries les plus prometteuses de cette rentrée.

En dépoussiérant la vieille radio de son père, flic tué dans l’exercice de ses fonctions, Raimy, elle aussi flic, parvient à communiquer avec le défunt. Elle est en 2016, lui en 1996 et ensemble, en agissant mutuellement sur la timeline de l’autre (avec des répercussions immédiates et réelles sur l’histoire, à l’inverse d’un Flash aux reboots incessants), ils vont tenter de démêler les fils de la conspiration ayant mené à la mort du père mais aussi à tout un tas d’autres problèmes que Raimy ne voit pas venir puisqu’elle ne les a pas encore vécus…

En reprenant le script du film, en l’épurant et en le retravaillant pour le meilleur (de pompiers, le duo de justiciers temporels deviennent flics, le vivier d’histoires devient virtuellement infini), Frequency se fait un hybride de polar sombre (corruption, vieux cadavres, trahison, règlements de compte) et de fantastique à la Stephen King, où le concept au premier abord tiré par les cheveux se révèle désarmant de simplicité et surtout bourré de ramifications émotionnelles profondes rendant le tout aussi touchant que prenant.

Un excellent pilote doit poser les jalons de l’univers de la série qu’il présente et vous donner envie d’y revenir une semaine après l’autre, celui de Frequency relève ces deux défis haut la main et son potentiel vertigineux a de quoi exciter le plus blasé des téléspectateurs… On pense bien sûr à L’Effet Papillon mais si la série garde ce cap et surtout cette rigueur dans l’écriture, la CW pourrait tenir son chef-d’oeuvre.

5/5

TIMELESS – NBC

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Sur la thématique du voyage dans le temps, Timeless a une approche différente de celle de Frequency : nous sommes ici dans le divertissement décomplexé. Tellement décomplexé que le seuil de tolérance du spectateur au n’importe quoi et à la débilité est très vite mis à rude épreuve.

Intro : des scientifiques, dûrs à la tâche dans un hangar rappelant les décors génériques de SyFy se font braquer par le remplaçant de George Clooney dans Urgences qui s’en va avec leur création, une machine à remonter le temps, direction les années 30 et le crash du Hindenburg. Dans la foulée, le gouvernement et un Elon Musk cheap montent une équipe composée d’une historienne cool, un marine cool et un scientifique cool (mais maladroit) pour poursuivre le remplaçant de Clooney à travers le temps et l’empêcher de réecrire l’Histoire.

Gros morceau de fun, Timeless est suffisamment rythmée pour tenir la route. Le travail effectué par Shawn Ryan (The Shield, il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine) et l’un des auteurs de L’Effet Papillon est efficace à défaut d’être bon ou même ambitieux. En revanche, tout est là pour nous proposer un divertissement sans prétention à l’esprit sériel très marqué, réminiscent de ce que l’on regardait dans les années 90 (de 7 Jours Pour Agir à Sliders avec un peu de Code Quantum).

Malheureusement, Timeless arrive, sur le créneau du voyage dans le temps décérébré après Legends of Tomorrow qui se permet déjà tous les excès  grâce à son ancrage dans l’univers DC (de l’assassinat de bébé Hitler à des combats de robots géants, tout y est passé lors de la première saison). Sans la rigueur ni la charge émotionnelle de Frequency et sans pouvoir égaler la folie furieuse de Legends, il se pourrait que Timeless n’ait pas la chance de faire son trou.

3/5

DIVORCE – HBO

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Marquant le grand retour de Sarah Jessica Parker chez HBO, Divorce parle, comme son titre, l’indique de divorce. Pour être plus précis, le pilote raconte ce qui amène Frances et Robert, mariés, deux enfants, empêtrés dans leur routine, leurs mesquineries et leurs humiliations mutuelles à se déclarer la guerre et se lancer dans une procédure de divorce que l’on imagine déjà suffisamment longue et cauchemardesque pour tenir quelques saisons.

Si Divorce ne s’était pas appelée Divorce, la série aurait pu s’appeler « Problèmes de Blancs Aisés ». Pourtant écrite par Sharon Horgan, co-créatrice de l’excellente Catastrophe diffusée sur la BBC, Divorce peine à trouver son identité, coincée entre des tentatives d’humour méchant et jusqu’au-boutiste qui peinent malheureusement à piquer comme elles le voudraient et des tentatives forcées de créer une émotion qui a du mal à poindre car les personnages ne sont pas encore assez incarnés…

Divorce, dans son atmosphère douce-amère et cotonneuse, paraît schizophrène. D’un côté, il y a Frances, mal dans sa peau et mal dans son couple qui n’est pas là pour rigoler mais surtout là pour traîner son spleen. De l’autre, Robert, interprété par un Thomas Haden Church qui confirme son talent comique, totalement lunaire et amusant dans son attitude mais peu convaincant comme personnage. Tiraillée par ces deux identités fortes amenées à clasher (et dont on se demande comment le mariage a pu ne serait ce qu’exister), la série semble divorcer d’elle-même alors qu’elle n’a même pas commencée…

Malgré tout, l’idée de voir ce mariage en plein échec s’approcher du mur, inéluctablement, dans un méga ralenti à la Zach Snyder, n’est pas inintéressante. Mais encore une fois, combien de temps une telle histoire mérite-t-elle d’être étirée ? Son évolution et la façon dont seront exploités les personnages secondaires (fantomatiques dans ce pilote) pourraient aider, mais sur la foi de ce pilote peu convaincant, difficile de parier sur la suite des évènements.

2/5

NO TOMORROW – THE CW

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Evie, manager de l’équipe démotivée chargée de préparer les colis d’un simil-Amazon, s’ennuie. Quand elle rencontre Xavier, un hippie aux allures de straight-edge Max Havelaar vegan, gluten free, à la musculature et à la barbe irréelle, et qu’il lui annonce que la fin du monde est pour dans huit mois et que c’est le moment où jamais de faire tout ce qu’elle a toujours rêvé de faire sans jamais oser se lancer, elle se méfie. Quand il lui arrive un pépin de santé qui remet en question tout ce qu’elle a toujours tenu pour acquis, elle se dit « pourquoi pas ? » et part à l’aventure avec Xavier tout en enquêtant sur le bien fondé de sa prémonition…

Amusant, mignon et complètement barré, le pilote de No Tomorrow aurait pu être la bonne surprise sortie de nulle part, à l’instar de l’excellente Crazy Ex-Girlfriend diffusée l’année dernière sur la même chaîne. Malheureusement son format de quarante minutes, pas maîtrisé, dessert la série et le pilote, handicapé par un rythme pachydermique, donne l’impression de durer deux heures. Trois lignes de pitch, déjà vus dans le trailer de deux minutes … et après ?

Le potentiel est là. No Tomorrow pourrait corriger ses scories et affiner sa narration pour trouver sa véritable identité mais … à quelle fin ? Avec la CW, tout est possible: Supernatural doit en être à sa trente-cinquième saison tandis que Beauty and the Beast a réussi l’exploit de tenir cinq saisons sans que personne ne la regarde. Peut-être que l’avenir offrira des jours meilleurs à No Tomorrow.

2/5

VAN HELSING – SYFY

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Chez SyFy, on ne recule devant rien. Le manque de budget n’est jamais un problème tant que les maîtres mots d’un projet restent inventivité et générosité. A priori, ce Van Helsing, dont le postulat rappelle tout de même celui d’un scénario de Blade jamais tourné, avait tout pour plaire. Le pitch ? Vanessa Helsing est ressuscitée dans un monde post-apocalyptique infesté de vampires qui ont quand même de méchantes tronches et attitudes de zombies. A l’arrivée ? Un pilote qui rappelle The Strain en encore plus foireux.

Pourquoi ce résultat, vous demanderez-vous doctement ? Les torts sont partagés. Le projet, ambitieux sur le papier, ressemble à l’écran à un pilote de websérie kickstarté à peu de frais. Nous sommes en huis clos pendant la quasi-totalité du pilote et les rares passages en extérieur, génériques au possible et filmés très près de comédiens qui ont l’air partis pour un week-end d’airsoft, sont aussi claustros que le reste. On retrouve là la patte SyFy; moyens de production réduits oblige, le résultat est évidemment cheap. Là où un 12 Monkeys compensait ce manque de fonds via l’écriture, Van Helsing est handicapée par la sienne.

La série, que l’on doit à Neil La Bute, un temps considéré comme un fils spirituel de David Mamet et plus considéré du tout depuis son inénarrable Wicker Man avec Nicolas Cage, a le mérite de ressembler à son auteur. Malheureusement, le style bavard et verbeux de La Bute s’accorde mal avec ce concept de méga-série B lorgnant sur le Z. Le théâtre s’accorde mal avec les débordements gores et Van Helsing semble se prendre trop au sérieux pour prétendre à l’adjectif grand guignolesque.

Avec de l’argent, une série balourde comme Van Helsing pourrait être une série phare de HBO mais en l’état, c’est juste une autre série SyFy, chaîne sympathique et prolifique dont les moyens sont malheureusement rarement au niveau des ambitions affichées.

1/5

AFTERMATH – SYFY

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Tout pareil que Van Helsing mais en pré-apocalyptique et carrément Z (toujours cheap, n’importe quoi scénaristique généralisé et un peu de complaisance gore pour relever le tout). Si Aftermath, et son pilote qui pourrait être cité dans un dictionnaire des expressions comme illustration de « vite vu, vite oublié » (d’où la brièveté de cette review), est le programme idéal pour faire patienter les fans déviants de Walking Dead entre deux saisons (c’est dire le niveau), les autres peuvent aisément passer leur chemin.

1/5

CONVICTION – ABC

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A l’aune du succès de Making a Murderer, l’idée de Conviction, consistant à mixer Cold Case avec une série juridique lambda, tombe sous le sens. Menée par de grands idéaux de justice pour tous et des personnages redresseurs de torts malgré eux dans une Amérique plus critiquée et critiquable que jamais, Conviction avait tout pour plaire. Malheureusement, le bouillon d’ingrédients populos sent la soupe plus réchauffée que jamais.

L’équipe de choc de Conviction est menée par la fille fantasque (mais super avocate major de promo de l’Amérique entière sans Erasmus à la fac de Créteil) d’un ancien président des USA, un beau gosse ambitieux, un ex-taulard latino et deux femmes qui pourraient être interchangeables si elles n’avaient pas des couleurs de peau différentes. Tous ensemble, ils rouvrent des affaires qui puent l’erreur judiciaire et prouvent l’innocence de leur client.

Pour le coup, nous sommes dans le procedural  pur et dur comme la télé la moins inspirée en vomit depuis que le tube cathodique existe : la sacro-sainte structure en quatre actes est respectée à la lettre et les personnages sont suffisamment archétypaux pour ne pas avoir besoin d’être développés.

Le résultat est désastreux mais, avec de la chance, il y aura bien quelques épisodes un peu plus recherchés et astucieux pour égayer la soirée du malheureux qui tombera dessus sur M6 dans un an ou deux quand sa date Tinder l’aura lâché au dernier moment.

0/5

  • Christophe Person

    Bravo pour la dénonciation de l’imposture de Westworld, série ramollo pour mal-comprenants, mais alors au bout de 2 épisodes de Frequency, j’éprouve les mêmes migraines et saignements de gencives… c’est grave docteur ?