La note est indicative de la qualité du pilote et de l’intérêt qu’il suscite à suivre la série.

THE EXORCIST – FOX

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Les adaptations de films à la télé sont légion. Plus (Fargo) ou moins réussies (Une Nuit en Enfer, Scream, etc.), elles posent toujours la même question : cette histoire qui tenait la route sur deux heures gagne-t-elle vraiment à être développée sur une dizaine d’heures ? Quand le dernier projet en date est l’adaptation de L’Exorciste de William Friedkin, sans doute le plus grand film d’épouvante de l’Histoire du cinéma, la question est à double tranchant.

The Exorcist opte pour un compromis entre une certaine déférence à l’originale (un jeune prêtre est appelé à l’aide par une famille dont la fille devient étrange) et la volonté d’éviter le remake scène par scène balourd du film de base (coucou Une Nuit en Enfer et ses séquences de cinq minutes transformés en épisodes d’une heure à la télé).

Bien sûr, les puristes pourront lever le sourcil devant le personnage du père Tomas, une sorte de Karras qui aurait troqué ses tourments  contre une façade plus lisse le rendant immédiatement attachant. Ils pourront carrément faire la grimace devant cet autre prêtre, badass au possible, portant la soutane comme un gilet pare-balles et menaçant d’un .45 un pauvre émissaire du Vatican. Il en ira de même pour un développement lorgnant possiblement vers une version des Envahisseurs où il s’agirait de jouer à deviner qui est possédé. Pourtant, cela apporte dès le pilote une dimension ludique que le film n’avait pas et qui compensera sans aucun doute ce que la série ne pourra jamais se permettre (car diffusée à une heure de grande écoute).

Malgré ces relatives trahisons aux allures de développements bienvenus et bien vus, le pilote de cet Exorcist, mis en scène par Rupert Wyatt (le reboot de La Planète des Singes, The Gambler), promet pour la suite. Le travail de mise en place est bien fait, l’ambiance inquiétante du film de Friedkin se retrouve au détour d’une rue de banlieue blafarde ou d’un efficace jumpscare. Pour ce qui est des grandes manoeuvres du projet, la séquence d’exorcisme au Brésil rassure pour la suite. Cet Exorcist 2016, sans avoir la prétention de rivaliser avec le classique, en a suffisamment sous le pied pour concurrencer American Horror Story sur son propre terrain et offrir une (trop rare)  série fantastique de qualité.

4/5

BETTER THINGS – FX

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Pamela Adlon (Louie, Californication) et son comparse Louis C.K. se lancent avec dans ce que l’on est vite tenté d’appeler un Louie au féminin. Tout y est : le ton, le réalisme comique, la volonté de naturalisme distancié, le jeu plus vrai que nature des comédiens. Ce qui paraît distinguer Better Things de sa grande soeur est sa volonté feuilletonnante de nous raconter l’histoire de Sam Fox.

Actrice en galère (quel comédien ne l’est pas ?), mère de famille, célibataire, constamment en mouvement : Sam nous est présentée comme un paradigme de femme moderne. Rien n’est simple mais elle concilie tant que possible vie familiale, affective et professionnelle. Sa vision du monde est un brin cynique et désabusée mais c’est ce qui fait le charme du personnage. Better Things ne raconte rien que l’on ait pas déjà vu ici et là mais le fait plutôt bien et excelle dans de courts moments, très vrais (le projet C.K.-ien est accompli), durant lesquels l’émotion parvient à poindre.

Dans l’absolu, si Better Things ne présente rien de bien original et semble sur des rails dont elle ne devrait dérouter que de façon exceptionnelle, la sincérité du projet et la mise en avant de Pamela Adlon (sous-exploitée dans Louie, sur-exploitée à la caricature dans Californication) sont deux arguments suffisants pour y jeter un oeil.

3/5

LEGENDS OF CHAMBERLAIN HEIGHTS – COMEDY CENTRAL

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Nouvelle série de Carl Jones (The Boondocks et Black Dynamite), Legends of Chamberlain Heights débarque sur Comedy Central avec tout le mauvais esprit qui définit son créateur. En nous faisant suivre trois lycéens dont la destinée se limite pour le moment à chauffer le banc de leur équipe de basket, les Black Holes, il nous offre surtout une plongée de (très) mauvais goût dans les préoccupations actuelles des adolescents américains.

Dans ce qui sera labellisé problématique au possible par les tenants du politiquement correct et autres activistes du web, la série va loin, parfois trop, mais c’est aussi ce qui fait son charme.  L’accumulation d’humour trash et de vulgarité poussées jusqu’à l’hystérie peut se révéler indigeste – et le style visuel adopté par la série, rudimentaire, n’aide pas à faire passer la pilule. Au contraire, l’animation anémique semble amplifier l’aspect offensif de l’entreprise.

Si la série arrive à se canaliser, le potentiel est là. Les personnages sont attachants et l’univers dépeint, peuplée de silhouettes secondaires hilarantes, fonctionne immédiatement. Si l’on est évidemment loin de la finesse du commentaire social d’un South Park, Legends of Chamberlain Heights a assez de cartes en main pour parler de tout ce dont elle a envie (du racisme à la vie dans les ghettos en passant par le système scolaire) et nous amuser au passage. En attendant que la série décolle vraiment, les rires gras qu’elle ne manquera pas de provoquer seront largement suffisants.

3/5

SPEECHLESS – ABC

SPEECHLESS - "Pilot" - Maya DiMeo moves her family to a new, upscale school district when she finds the perfect situation for her eldest son, JJ, who has cerebral palsy. While JJ and daughter Dylan are thrilled with the move, middle son Ray is frustrated by the family's tendencies to constantly move, since he feels his needs are second to JJ Soon, Maya realizes it is not the right situation for JJ and attempts to uproot the family again. But JJ connects with Kenneth, the school's groundskeeper, and asks him to step in as a his caregiver, and Ray manages to convince Maya to give the school another chance, on the series premiere "Speechless" WEDNESDAY, SEPTEMBER 21 (8:30-9:00 p.m. EDT), on the ABC Television Network. (ABC/Nicole Wilder) JOHN ROSS BOWIE, MINNIE DRIVER, MICAH FOWLER, KYLA KENEDY

La famille DiMeo n’a peur de rien et ne recule jamais face à l’adversité. Avec leur fils ainé handicapé (JJ), ils déménagent constamment afin de lui trouver les meilleurs soins et les meilleures conditions d’études pour ce dernier jusqu’au jour où ils arrivent dans un endroit loin d’être parfait mais où toute la famille, JJ en tête, se voit enfin à sa place.

Sans céder au sentimentalisme dégoulinant que le sujet aurait pu convoquer, Speechless fait preuve d’une grande fraîcheur en n’hésitant pas à (très gentiment) jouer avec le politiquement correct et affiche une énergie que l’on espère retrouver dans les épisodes suivants. Mix de Malcolm (pour la mère totalement barrée qui mène la barque familiale d’une poigne de fer) et d’Intouchables pour le twist sur le handicap, la série s’inscrit dans la lignée des “comédies de la diversité” made in ABC (Fresh Off The Boat, Black-ish, etc). Franchement drôle, légère et même mignonne sans trop en faire, Speechless a tout pour être un fleuron du genre.

3/5

SON OF ZORN – FOX

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Zorn est un guerrier sanguinaire au confluent de Conan et Musclor. Zorn est aussi père de famille et divorcé. Zorn est surtout un personnage animé dans le style années 80 de Johnny Quest qui va quitter son royaume pour … Orange County, où il va tenter de renouer avec son fils, son ex-femme et supporter son nouveau compagnon, un psy.

Sur le papier, Son of Zorn a tout d’une série Adult Swim dont l’une des spécialités est de produire des saisons entières de séries qui partout ailleurs ne seraient que des blagues ne durant que le temps d’un sketch – l’excellente Mike Tyson Mysteries est là pour en témoigner. A l’écran, il convient de saluer l’envie sans cesse renouvelée de la Fox de proposer des choses surprenantes, originales et délirantes dans sa case comédie (Axe Cop, The Last Man on Earth, etc.).

En mélangeant prises de vues réelles et animation, Son of Zorn ne révolutionne rien et sa thématique du père absent venu rattraper le temps perdu n’est pas neuve non plus. En revanche, la série se distingue dans sa capacité à mettre en place son univers et traiter son sujet en l’espace de vingt minutes hyper efficaces. Rapidement, Zorn devient le parangon d’une hyper masculinité que la série se plaît à dézinguer à la moindre occasion tandis que les personnages secondaires, bien campés, apportent relief et vérité à ce projet fantasque. Si l’inspiration est au rendez-vous et que les auteurs de Wilfred et ceux de 21 Jump Street vont au delà de leur concept sans le laisser s’essouffler, Son of Zorn pourrait être une belle réussite…

3/5

HIGH MAINTENANCE – HBO / OCS City en France

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Sans être familier avec la websérie originelle, la vision du premier épisode de High Maintenance témoigne de l’ascendance « web » de la série. La narration, très libre, n’obéit qu’à ses propres règles, l’humour est assez raffiné pour aller au delà de la facilité du « on est tous défoncés, c’est drôle » et se fait l’ambassadeur d’une sorte de stoner comedy intello. Le héros, un dealer peu développé, semble n’être qu’un liant mettant en valeur ses vagues connaissances et clients tous plus dégénérés les uns que les autres.

A la vue du premier épisode, la question du projet de la série se pose. N’est-ce qu’un catalogue d’errances nocturnes ou une histoire plus complexe est-elle en construction sous cette succession d’amusantes saynètes new-yorkaises que l’on jurerait issues d’une bande démo pour Sundance ? Faire reposer l’ensemble du projet sur l’excentricité des personnages et l’absurdité des situations sans proposer de véritable fil rouge est un pari risqué condamnant la série à être inégale. Face au nombre de séries diffusées actuellement, à chacun le choix de se laisser porter par cette série ne ressemblant qu’à elle-même (et à Broad City) ou de lui préférer quelque chose de plus consistant narrativement parlant. Peut-être qu’un joint peut aider à saisir la finalité du projet. A voir.

2/5

BULL – CBS

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Après avoir tenté de rajeunir son image de chaîne vieillotte et dépassée avec Limitless, excellent pastiche ludique de procedural (hélas annulé après une saison), CBS retourne aux sources avec un procedural produit par Steven Spielberg qui s’annonce déjà comme l’un des plus ubuesquement mauvais que l’on ait pu voir ces dernières années.

Jason Bull est consultant en création de jury lors de procès. Ça paraît technique comme ça et ça l’est encore plus une fois mis en images. Ce qu’il fait, c’est qu’il compose des jurys miroirs aux vrais jurys de procès en cours et rejoue ces procès dans ses locaux afin de voir comment les vrais jurés vont réagir lors du vrai procès. Fort de ces infos, il peut alors ajuster le travail de la défense (en coachant les avocats qui comparés à lui semblent tous en être à leur quatrième L1 de droit à Créteil) et en relookant (si si) l’accusé avec son équipe composée entre autres d’un ancien joueur de foot devenu styliste/coiffeur. Il y a aussi une experte en informatique slash magicienne slash deus ex machina de ce genre de séries où pas mal de problèmes peuvent se résoudre avec un clavier.

Ce qui aurait pu être résolu facilement avec un clavier ici, c’est tout le projet. Le postulat de départ (pas plus débile qu’un autre même s’il fait de gros efforts pour emporter le morceau) est adapté de la jeuness du fameux Dr Phil qui a exercé dans sa jeunesse cette activité de consultant en matière de jurys et décidé d’en faire une série. Fort de son expérience, on aurait pu penser que la série nous ferait découvrir un monde nouveau et apporterait un éclairage sur cette activité. Il n’en est rien. A l’écran, le travail du Dr Bull se résume à s’échiner à avoir l’air cool (c’est raté), tenter des punchlines qui tombent à plat et lire dans les pensées des gens puisque la série est incapable de mettre en avant autrement ce qui distingue son héros d’un escroc.

Ajoutez à cela un ton moralisateur et conformiste au possible (il faut voir la série parler de pratiques sado-masochistes ou de drogues) et vous obtenez l’un des plus mauvais pilotes que l’on ait vu dernièrement et une question à laquelle aucun procedural ne pourrait répondre : comment en arrive-t-on, en 2016, à produire des choses pareilles ?

0/5

NOTORIOUS – ABC

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Sexualité décomplexée de network (donc toute habillée), musique pop plein pot envahissante par dessus et montage clippesque pour enrober le tout, Notorious nous plonge en terrain connu. Ce qui suit va vite nous le confirmer : un plan séquence hystérique introduisant une pelletée de personnages tous plus séduisants, classes et cyniques les uns que les autres (ils portent du sur-mesure, sont bien coiffés et se balancent des vannes inoffensives juste pour exhiber leurs dents blanches) tandis que la musique continue de faussement rythmer ce ballet fake au possible dans leur lieu de travail hyper intense (un studio télé aux allures d’hôtel/spa six étoiles) plein de figurants beaux et classes qui cavalent dans tous les sens : eh oui, nous sommes en plein Shondaland ! Mais surprise ! Alors que Notorious fait tout pour ressembler à du Shonda Rimes, le premier twist de la série (et sans doute son meilleur) est que la prêtresse de la télévision américaine n’est pas du tout impliquée dans cette entreprise de contrefaçon à grande échelle.

A force d’empiler twist sur twist dans ce qui ressemble à une Inception de twists, l’histoire a priori simple de la collaboration entre cet avocat beau gosse et cette productrice de télé belle gosse est totalement surréaliste. La volonté de faire du Shonda Rimes à tout prix phagocyte tellement l’ensemble du projet qu’il finit par ressembler à une version premier prix de bas d’étagère d’un produit qui ne vole déjà pas bien haut.

Malgré ses défauts évidents, seule Shonda Rimes connaît la recette de sa soupe et sait l’assaisonner de façon assez flashy et efficace pour en masquer la vacuité totale. Notorious, incapable de quoi que ce soit, ne fait que s’agiter en vain mais a au moins une qualité rassurante : la confirmation qu’il n’y a bel et bien (Dieu merci) qu’une Shonda Rimes.

0/5

PITCH – FOX

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Hyper hypée par la Fox, Pitch, qui raconte l’histoire de la première femme appelée à jouer en ligue majeure de baseball (avec les hommes donc), ne vole au final pas plus haut qu’un téléfilm sportif produit par Disney. Les personnages tous plus caricaturaux les uns que les autres (du capitaine faux jeton à l’attachée de presse aux dents presque aussi longues que ce pilote en passant par le coach “trop vieux pour ces conneries”) ne sont pas aidés par des dialogues peu inspirés et clichés au possible. Le climax du premier acte est un gros plan de l’héroïne disant d’un air pénétré “Je suis prête depuis que je suis née” à jouer au baseball. Le plus triste, c’est que c’est peut-être la réplique la plus spirituelle du pilote.

Que ce soit écrit à la truelle pourrait passer si Pitch se rattrapait par un propos ambitieux, mais le postulat même du projet sonne faux. Un pitch et une note d’intention ne font pas tout. En mettant en scène une femme noire dans un milieu d’hommes, la série se veut féministe et frondeuse mais face à l’inanité quasi-totale de ce qui est raconté, la machine tourne rapidement à vide. Restent donc ces personnages sans épaisseur et une histoire qui se perd dans des détours inintéressants (qui à quoi que ce soit à faire de cette attachée de presse qui phagocyte l’écran ?) avant d’enfoncer le clou dans le pathos le plus total.

Tout le long de l’épisode, l’héroïne est suivie par son père qui assiste à son premier match et vient la réprimander (quand on ne le voit pas dans des flashbacks le montrant l’entraîner à la dure pendant son enfance). Sauf que Pitch va loin dans la manipulation (pour le coup débile et d’une malhonnêteté totale) en terminant son pilote par un twist nous apprenant que le père est mort et que c’est son fantôme que l’on voit depuis le début. Si en plus d’être mauvaise en tous points, la série dégouline de niaiserie et de sentimentalisme lénifiant, c’est le strike out assuré et l’aller simple pour la table des zoulettes.

0/5