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© Les Éditions Réticulaires, 1997-2010
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Pendant tout l'été, Chronic'art plonge en live dans la question du genre et l'influence du réseau dans la diffusion de la culture queer, avec certains de ses acteurs les plus excitants. La « french » se « touch » là où ça fait bizarre, ici et maintenant.
[30.08.10]
Qu’elles partent en reportage sur le tournage de Bye bye Blondie, commentent avec délice
le généreux programme politique de Roseanne Barr ou se rassemblent avec
d’autres collectifs pour monter la soirée Fières !, Cha, Yuri et Sophie du
site Foleffet illustrent à merveille cette
frange de l’activisme queer underground qui prend sur son temps libre pour
faire danser les corps dégenrés et bouger les consciences de la communauté LGBT.
Cha, Yuri et Sophie : Après la mort du Pulp, on s'est retrouvé souvent à se demander « que font les lesbiennes ? ». Foleffet est né de ce besoin d'un catalyseur de lieux, soirées, lectures, films, sexe, politique, lesbiennes et féministes. Une sorte de collections d'infos s’imposait parce qu'on avait entendu qu’une copine organisait ceci, qu’une autre donnait une conférence dans ce coin-là, etc., et qu'on voulait centraliser ces infos pour les partager avec d’autres. Au début, on l'imaginait comme un rocher au milieu de la mer hétéro et masculine sur lequel on allait coller des post-it sur lesquels était écrit: « venez ce soir il y a une performance qui pourrait être bien ! » ou « on a lu ce livre et ça déchire ». D’abord, on n'était que trois : Cha, Sophie, Yuri et nos copines étaient le plus souvent nos seules lectrices. Puis, petit à petit, le site s'est un peu étoffé et plus de monde a commencé à le lire, grâce aussi aux soirées qu'on organise depuis une année et qui donnent à Foleffet une visibilité dans le milieu lesbien à Paris. On ne sait pas trop s'il y a quelque différence avec les autres sites queer qu'on a vu apparaître dernièrement. Le seul truc qui certain, c’est qu'on ne cherche pas à être exhaustif, on ne fait que des articles sur des sujets qui nous touchent, ce qui nous plaît et ça se sent probablement quand on nous lit. Même si en cours de route on a trouvé de l'aide pour la partie technique (Seds Webmistress) et graphique (Dafne Panda Rebel), aujourd'hui on est toujours trois, on n’a toujours pas de moyens pour le développement du site, on est au travail pendant les pauses café, mais peut être que c'est pas plus mal dans ces conditions.
Foleffet fait de la pub pour les événements qu'on soutient. Nous sommes trois féministes militantes ; on essaye de mettre en valeur une création féminine un peu alternative qui n'a quasiment pas de visibilité dans la presse générale ou sur les sites grand public.
Soutenir l'action de groupes comme Act Up ou La Barbe signifie pour nous se positionner de manière assez claire dans le contexte politique actuel. « Féministe », selon nous, signifie se demander constamment pourquoi la moitié de la population part désavantagée. Par « moitié », on entend les femmes ou les non blancs ou les non hétéros ou les malades du Sida... On se considère (ou, on a la prétention d'être) féministes parce que la ruse qu'on a trouvé pour contrer cette situation d'inégalité, c'est de soutenir les filles, soutenir leur production, leur donner de la visibilité et faire en sorte qu'on parle d'elles le plus possible.
On s'affiche d'emblée comme solidaires des blogs lesbiens ou queer avec qui on est en communication. Après quelques années, il y a de bons échanges actifs à travers la France. Nous relayons aussi les événements repérés par d'autres. Il existe un réseau de blogs / sites lesbiens, mais il est informel. Il y a cependant, depuis peu, un annuaire assez efficace qui recense l'activité au jour le jour de tous ces sites : Lezspace.info. Des conflits, il y en a toujours et partout, surtout quand il s'agit de partager un espace publique (Internet ou presse) très exigu. Mais ceci représente aussi une richesse, parce que l'info, les environnements sont analysés et critiqués. Il y a des choses qu'on n'aime pas. C'est beaucoup mieux que s'il n'y avait rien... Pour ce qui est du réseau queer, vu de l'intérieur, on a l'impression que ça marche super bien et que parfois c'est même plus intéressant que les réseaux média plus classiques télé, magazines, fac, etc.
Donner une date de naissance des soirées queer en France s’avère assez compliqué. Déjà, il faut dire qu'en France le mouvement queer est en retard par rapport au reste de l'univers (en comparaison des US, de l’Allemagne, mais même par rapport à l’Italie ou l’Espagne). On pourrait même se demander si les queer parties ont jamais eu lieu à Paris... parce que la recette de base combine des lieux un peu sauvages, pas d'argent et des propos politiques. On n'a pas vu beaucoup de soirées comme ça à Paris... Depuis quelques années, on fréquente les Playnight et les soirées d'Emilie Jouvet. C'est peut-être les seuls trucs queers à Paris. Mais ce qui nous tient à coeur, ce sont les meufs qui se démènent dans leur coin pour qu'existent des soirées dans des bleds paumés : les chattes hurlantes à Brest, les chica chic à Grenoble...
Pour parler de notre soirée, on a été super bien accueilli par l'équipe du bar Les 4 Eléments. On n'a rencontré aucun obstacle et on a eu carte blanche dès le début. La communauté lesbienne nous soutient ; il n'y a pas de rivalité. Au contraire, une solidarité et des échanges existent entre les différents crews de soirées lesbiennes existants en France ; les WGO, Barbiturix, KTDJ, etc.
Nous avons des avis assez différents sur la question réseaux sociaux. Facebook, c'est clair, nous permet de relayer l'info du site. Il a permis de donner un deuxième visage au site, plus proche de certaines lectrices. Celles-ci ont un moyen de communiquer avec nous en simultané, plus facilement que sur le site lui-même. Facebook simplifie l'accès aux infos de manière générale. Dans un double sens, puisqu'il nous permet d'avoir du feedback, des demandes d'infos. Mais ça reste un outil très superficiel, sans contenu. Pour la promo de la soirée, Facebook est plus réactif, il a plus de lecteurs en temps réel et l'info est reprise ad libitum par les utilisateurs eux-mêmes. Maintenant, il est clair que pour nous, l'identité de Foleffet est sur le site, pas sur un quelconque réseau social.
Propos recueillis par Cyril Lener / Photos : Sophie Anquez
Le réseau Foleffet :
www.foleffet.com
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[30.08.10]