(...) De leur côté, les artisans de la nouvelle cause électronique ont vite fait d'intégrer le goût du jeu à géométrie variable et le souffle de liberté quasi épique amenés par les musiciens "avant-rock" : anonymat du musicien au profit de la musique (les fameuses pochettes "white label"), déconstruction, improvisation et montage, travail sonore sur la notion d'erreur et d'indétermination (chez Oval ou Vinyl Communication), conceptualisation formelle, travail de la surface, mélange des genres... L'autre aspect hérité du post-rock dans la musique électronique est l'existence de scènes affiliées à des lieux et des villes. La culture du remix (aussi initiée par Tortoise) stigmatise efficacement la nécessité d'échanger la musique, de se rencontrer et de s'influencer pour avancer et produire. Ainsi se forment les réseaux. A Cologne, Markus Schmickler, par exemple, réinvente le rock en le reconstruisant des manières les plus inédites au sein de Pol et surtout Pluramon, pendant que depuis plus de six ans Mouse on Mars réinvente à peu près tout le reste, du dub au jazz ; à Berlin, Achim Szepanski et Moritz Von Oswald n'ont jamais cessé de chercher des points de jonction entre l'électronique et la musique expérimentale qu'ils pratiquaient autrefois respectivement au sein de PH16 D4 et Palais Schamburg (le premier a créé Mille Plateaux, le second Chain Reaction, seul prétendant plausible au sobriquet "post-techno"), pendant que la famille Kreidler / To Rococo Rot / Tarwater a décidé de simplement tout mélanger (faire de la musique électronique en direct live et du rock en post-production) ; à Vienne, on a pérennisé l'improvisation en électronique sur le mode aléatoire et bruitiste (chez Mego, Rhiz, ou Charhizma) pendant que les prodiges de Radian ont décidé de recréer les climats abstraits caractéristiques de leurs compatriotes laptoppers avec de vrais instruments (basse / batterie / synthé analogique) ; à Weilheim, l'indie punk de Toxic a aussi bien enfanté l'electronica-pop ludique de Console ou le l'electro rock de The Notwist que le kraut-jazz électronique de Tied&Tickled Trio, et les corrélations avec le rock s'entendent franchement... En Norvège, le duo Alog (un album sur Rune Grammofon) retravaille ses improvisations live comme matière en mouvement pour une musique électronique sans rythme évoquant autant le free jazz que Gastr Del Sol. En France, Tone Rec et Sister Iodine ont vu évoluer leur free rock glacial vers des territoires de moins en moins formatés : les premiers ont créé Dat Politics pour s'affranchir de leurs samples de batterie, les seconds ont créé Discom pour oublier les voix, les rythmes, les mélodies. Aux Etats-Unis, Scott Herren (et ses projets Savath & Savalas et Prefuse 73 sur Warp, Delarosa & Asora sur Schematic) subjugue autant pour sa maîtrise des logiciels que par celles des instruments avec lesquels il élabore la matière première de son electronica classieuse : parmi les invités de l'album à venir de Prefuse 73, on retrouve autant des rappers que... Sam Prekop de The Sea & Cake. En Angleterre, les scènes de Birmingham (Plone, Broadcast, Magnétophone), Bristol (Movietone, Crescent, Third Eye Foundation et the Balky Mule alias Sam Jones) ainsi que Sonic Boom, Stereolab, Fridge / Four Tet et les Invisible soundtracks (véritables manifestes des points de jonction entre avant-rock et electronica parues sur Leaf) démontrent à quel point le travail solitaire en home-studio et les studios de répétition peuvent s'influencer et s'enrichir mutuellement.

Ce réseau infini qui ne se soucie même plus de différencier propos et démarche des musiques descendant du rock et celles d'obédience originellement électronique a fait éclater les camps et s'interpénétrer les éléments  les plus contradictoires. Si l'influence du Post-rock sur la musique électronique est évidente, dans la volonté renouvelée de décloisonnements, de recherche et de création de réseaux, "l'hypertextualité" qui caractérise aujourd'hui la création musicale internationale ne permet plus d'affilier tel ou tel artiste à une scène ou un courant musical particuliers. La globalisation a ici son pendant positif : l'indétermination identitaire, la déterritorialisation des genres et des gens. La curiosité n'a aucun moyen d'expression privilégié, les inventeurs n'ont pas de chapelles. A ce titre, la signature de Tortoise, pour l'Europe, sur Warp, ex-bastion d'une electronica aux contours autrefois bien définis, est particulièrement significative...

Olivier Lamm et Wilfried Paris

Pour se faire une idée, une incroyable banque de données ainsi que des lives fascinants à regarder en real video (de Directions in Music à Tarwater ou Nobukazu Takemura) se trouve là :
http://www.supersphere.com/Club/Archive

A consulter également :
http://www.bubblecore.com
http://www.southern.com
http://www.thrilljockey.com
http://www.dragcity.com











Le post-rock et après ?
Un état des lieux du Post-rock s'impose.




Rock in America
Quelques mots de John Herndon, claviériste de Tortoise.


Doug Mc Combs
Quelques mots de Doug Mc Combs, bassiste de Tortoise.






The magic touch
Rencontre avec David Grubbs, émule du finger-picking.








Les free-lance de Chicago
Interview de Rose Marshall et Howie Kantoff, de Salaryman.













La communauté qui vient
A l'occasion des deux concerts de A Silver Mt Zion, petite exploration guidée du microcosme Constellation.






Interactions
Mise à jour de quelques échanges fructueux entre post-rock et musique électronique.
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