(...) Le mot a été lâché et ne semble plus devoir quitter la musique de Godspeed : une vaste métaphore filée. Les longues plages instrumentales peuvent ainsi être perçues comme une prise de parole contre la frustration, comme une réappropriation de la parole contre une certaine oppression, celle des multinationales, de l'industrie du spectacle, du discours dominant. En ce sens, la musique de Godspeed est un jeu à somme nulle, puisque le groupe s'emploie à créer et détruire des climats d'attente lancinante, des ambiances de fin de siècle, apocalypse J -1. La frustration, l'oppression, sont créées le long des montées instrumentales, où les cordes accumulent une énergie jusqu'à ne plus savoir la contenir. Lorsque la tension des instruments arrive à son pic, c'est le décrochage, les guitares déversent alors leur bile, répandent leur colère. Pour peu que l'on se place en écoute flottante, lorsque le corps se transforme en un réceptacle à émotions, on accède alors à cet état de perception second où la musique de Godspeed se fait plus abstraite, où les mouvements longs s'inscrivent en nous plus durablement. L'architecture de l'album se met à nu, comme sur la pochette de Levez yr skinny fists... , où l'on peut suivre des yeux les mouvements sinusoïdaux des quatre plages, ainsi que leur durée, leur amplitude. De guitares hurlantes et de violons stridents, on finit par ne plus entendre que des voix plaintives, terriblement humaines. Et c'est sans doute là que se joue le tour de force majeur de cette musique instrumentale, victime de nombreux a priori (froide, cérébrale) : laisser transparaître son humanité, révéler la pulsion de vie qui l'anime, confesser sa nature profondément organique. On en revient encore au rock, toujours au rock.

Vaste foutaise journalistique, le post-rock est une abstraction qui ne parvient décidément pas à cerner la musique de Constellation. Au fil des rencontres, j'aurai toujours retrouvé cette même simplicité du langage, ce même regard ahuri face à toute tentative de cloisonner et disséquer une musique par nature libérée, épanouie, mais loin d'être amnésique : une musique palimpseste qui ne nie pas le legs du jazz et du rock épique 70's. Le casse-pipe de l'interview derrière moi, des idées et des visages plein la tête, il ne me restait plus qu'à savourer les concerts de la Casa, avec cette conviction intime : la communauté n'en était qu'à ses débuts.

Maxime Guitton

Vous pouvez consulter différents sites :
D'abord, le très joli site de photographies noir et blanc de Laurent Lorseau, qui a autorisé l'usage de certaines de ses photos pour illustrer cet article.
Le site du label Constellation, où vous trouverez notamment une lettre ouverte d'Efrim, en réaction à la publication récente d'une interview passablement tendue avec le magazine néerlandais "OOR" ainsi qu'un ensemble d'informations sur les groupes du label montréalais.
Depuis le site de Brainwashed, vous pouvez accéder au site officiel de Godspeed, avec beaucoup de liens vers les groupes proches (Molasses, Shalabi Effect), des écoutes en MP3, etc.
Pour s'informer de l'actualité du label Alien 8 mais aussi de la Casa,voyez ici

La Casa dispose également de son propre site depuis lequel vous pouvez consulter la programmation du café.











Le post-rock et après ?
Un état des lieux du Post-rock s'impose.




Rock in America
Quelques mots de John Herndon, claviériste de Tortoise.


Doug Mc Combs
Quelques mots de Doug Mc Combs, bassiste de Tortoise.






The magic touch
Rencontre avec David Grubbs, émule du finger-picking.








Les free-lance de Chicago
Interview de Rose Marshall et Howie Kantoff, de Salaryman.













La communauté qui vient
A l'occasion des deux concerts de A Silver Mt Zion, petite exploration guidée du microcosme Constellation.






Interactions
Mise à jour de quelques échanges fructueux entre post-rock et musique électronique.
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