(...) Pourtant, le groupe tient à assumer certaines "erreurs majeures" commises depuis 1994, erreurs qui sont le salaire de leur indépendance. "On n'a pas de manager, pas de staff pour le montage d'une tournée, en fait pas d'infrastructure rock. On est assez intelligents pour se débrouiller seuls et apprendre par nous-mêmes." Parce que c'est un métier que de déceler les clauses foireuses des contrats, gérer son argent au plus près lors des tournées, etc.
Pour taquiner Godspeed, il suffit de leur parler de la presse. Une presse déformante et réductionniste qui a fini par les décrire comme des pantins "anti-tout" (anti-flics, anti-journalistes, etc.) sans nuances (ce qui est un tissu de contrevérités). Conscients qu'un consensus musical s'établit peu à peu autour du groupe au fil des colonnes et chroniques de journaux, sans pour autant que leurs idées politiques soient diffusées, Aïdan résume laconiquement : "La presse, c'est pas vraiment mon affaire." Et Norsola de renchérir : "On n'y prête pas trop attention". Bruce : "Ca me fait rire tout ça, surtout le N.M.E. Pourquoi parler de nous d'un seul coup ? C'est juste pour vendre. Ils parlent déjà trop de nous." Norsola : "De toute façon, dans bien des publications, il n'y a pas de contenu intéressant, en tout cas dans ce créneau-là. Et puis il y a suffisamment de gens qui ne gobent pas tout ce qu'ils disent. J'aime à le croire en tout cas !". Si Godspeed soutient les initiatives prises à l'égard de la presse par des groupes tels Black Flag, le groupe ne cherche pas pour autant à "s'agenouiller devant les médias". Norsola : "Nous, on a nos propres idées et c'est déjà beaucoup." Bruce : "On a des amis avec de bonnes idées politiques. Nous, ce qui compte, c'est d'être sur scène et de faire partager à ces amis ces idées par la musique. Eux sont bien plus à l'aise que nous pour parler de ces idées." Norsola : "Tout mélanger, ça peut devenir dangereux. Les idées politiques sont très importantes pour nous, mais on préfère laisser la parole à des gens qui sont des porte-parole". Aïdan : "On est politisés. Mais on n'a pas la meilleure place, dans le monde du spectacle, pour parler de politique. Parce que la politisation d'un groupe devient à son tour un argument de vente."

Le groupe se navre donc non seulement de ce que la presse semble aujourd'hui découvrir l'identité politique du groupe, après l'avoir passée sous silence depuis le début (ce qui tend à confirmer les craintes de Aïdan concernant l'exploitation par les médias de l'argument massue de la politique). Mais en plus, le groupe a la fâcheuse impression que la presse les fait passer pour des musiciens fraîchement politisés, alors même que le sujet a toujours été essentiel pour eux. Et Aïdan de conclure : "Mais il n'y a pas besoin de tenir un discours politique pour nous comprendre. Nos pochettes par exemple sont assez parlantes." En effet, la musique de Godspeed offre une totale liberté de compréhension. Pour cela, les musiciens ont su développer d'autres canaux de transmission plus subtils de leur éthique de refus et de protestation ("We dedicate this stanza to quiet refusals, loud refusals, and sad refusals"). Ces canaux, ce sont leur attitude (mythologie du groupe, silences, discrétion, attachement sincère aux disquaires indépendants) ; les indices laissés sur les pochettes (comme cette photo d'hélicoptère prise à Los Angeles qui renvoie aux pratiques en voie de généralisation de patrouille policière aérienne ; ou ce dessin représentant le dieu dollar coupant les poignets d'un homme plein de tristesse pour mieux l'asservir). Et surtout, ce sont leurs monologues. Norsola : "Par rapport à nos pochettes, les monologues sont sans doute moins ouverts à l'interprétation. Ce qui était intéressant avec BBFIII [un prédicateur extrémiste que le groupe avait enregistré dans la rue et que l'on retrouve sur le maxi Slow riot for new zero Kanada, ndlr], c'est que son discours restait ambigu. La question qui pouvait se poser à la rigueur, c'était : les gens penseraient-ils que ce type devenait notre nouveau porte-parole ou comprendraient-ils la distance du groupe par rapport à son discours ? BBFIII est un type qui nous avait énormément touché. Ce qu'il dit est tellement extrême et reflète un tel niveau de frustration. Evidemment, on espère bien que les gens auront compris qu'on n'avait rien à voir avec sa folie des armes." Bruce : "Pour le vieux Murray Ostril sur Coney Island, on voulait utiliser une métaphore pour dénoncer toute cette industrie de l'amusement, ces Disneyworld et compagnie. Mais en même temps, quand on utilise la voix des enfants qui chantent sur St Laurent ("Attention mon ami...fa-lala-lala-lala..."), l'idée est de rendre la parole à ceux qui en sont habituellement privés. Les vieux ou les enfants par exemple." (...)











Le post-rock et après ?
Un état des lieux du Post-rock s'impose.




Rock in America
Quelques mots de John Herndon, claviériste de Tortoise.


Doug Mc Combs
Quelques mots de Doug Mc Combs, bassiste de Tortoise.






The magic touch
Rencontre avec David Grubbs, émule du finger-picking.








Les free-lance de Chicago
Interview de Rose Marshall et Howie Kantoff, de Salaryman.













La communauté qui vient
A l'occasion des deux concerts de A Silver Mt Zion, petite exploration guidée du microcosme Constellation.






Interactions
Mise à jour de quelques échanges fructueux entre post-rock et musique électronique.
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