A l'occasion des deux concerts donnés par A Silver Mt Zion dans leur fief montréalais de la Casa del Popolo, petite exploration guidée au sein du microcosme Constellation. Ou comment, au gré des rencontres, prend corps un leitmotiv : l'attachement à une communauté. Petit jeu topographique par -15°C dans les rues de Montréal : trouver les petites affiches annonçant un concert à la Casa del Popolo. Il suffit pour cela de se balader sur St Laurent, autour de la Casa. Les grands murs vierges, cabines téléphoniques et autres boîtes aux lettres sont réservés aux nombreuses affiches bariolées annonçant les petits groupes des facs de la ville. Les palissades des terrains vagues, sombres murs décrépis et vitrines de magasins abandonnés, sont quant à eux discrètement recouverts d'affichettes en noir et blanc "Casa del Popolo", cachées entre deux "Voter est inutile" anarchistes, complètement gelées par le froid hivernal. A ce jeu de repérage de placards sauvages se substitue symboliquement le décryptage du langage des murs. Une sorte d'initiation aux codes d'une langue qui n'a rien de sauvage, puisqu'elle est régie par quelques normes entendues : une langue qui se plie à des lignes territoriales invisibles. Un rite d'initiation pour qui veut rentrer dans la "communauté".
La communauté est un véritable réseau, une structure organisée et malléable, avec ses acteurs pivots : les artistes gravitant au sein et autour du projet Godspeed ; le label Constellation (basé à Montréal) ; les quelques disquaires indépendants montréalais appuyant largement le label (L'Oblique, Cheap Thrills, L'Esotérique, Mojo, etc.) et évidemment un public de fans, avide d'un "autre chose" ou d'un "autrement". Pour rassembler ce réseau ne manquait plus qu'un lieu rassembleur, sinon fédérateur : la Casa, qui assure aujourd'hui la fonction jouée jusqu'ici par l'Hotel2Tango, studio/loft/salle de concerts situé dans le quartier bigarré de Mile End, où Godspeed a grandi depuis 1994. Cherchant à en savoir davantage sur cette communauté, j'ai donc entrepris de rencontrer quelques-uns de ses acteurs.
La Casa, ouverte depuis août 2000, est tenue par Mauro, l'un des deux bassistes de Godspeed, et fondateur du projet avec Efrim. Situé au 4873 St Laurent, ce café-restaurant végétarien inspire immédiatement la convivialité : le bois confère sa chaleur aux lieux, tandis que des lampes d'appoint diffusent une lumière apaisante. Sol parqueté, plafond moulé couleur argent, bar massif en bois recouvert de journaux et de flyers, tableaux suspendus aux murs blancs, boule à facettes, tables rondes, lourds fauteuils en bois, sofas. Un tableau d'ardoise affichant les consommations surplombe le bar. Sur le mur qui lui fait face, s'étale à la craie blanche sur un autre tableau d'école la programmation musicale (établie par trimestre, sous réserve de nombreux changements). La Casa n'a pas besoin de publicité : outre qu'elle ne peut se permettre de se payer des colonnes dans les journaux locaux, sa capacité d'accueil est limitée à environ 200 personnes. Autrement dit, le bouche à oreilles est la seule règle qui vaille, le seul moyen de circulation d'information acceptée au sein de la communauté. (...)