(...)
D'où vient la dimension extrêmement physique de la musique de Salaryman ?
Certainement de notre expérience au sein de Poster Children Nous sommes tous les quatre des gens très calmes, mais avec une grosse dose d'agressivité rentrée. La musique est pour nous le seul moyen d'articuler cette violence, de l'organiser et de la présenter aux gens. C'est un travail qu'il est assez difficile de mener derrière un clavier ou un ordinateur, en poussant des boutons et en pressant des touches. Lorsque les gens nous disent ressentir physiquement cette force qui nous anime, nous savons que nous avons accompli du bon boulot. La première raison d'être de Salaryman, c'est de toute façon le live. L'enregistrement de Salaryman est venu un peu par hasard, comme une activité secondaire. Mais nous savions aussi qu'il nous permettrait de partir en tournée avec ce matériau-là.
Est-il délicat de retranscrire sur disque cette intensité live qui vous caractérise ?
Howie : Nous avons la chance d'avoir notre propre studio d'enregistrement dans notre salle de répétition. Tous les morceaux de Salaryman ont été enregistrés live, dans la foulée des répétitions : on jouait, on attendait qu'une structure se forme, on enclenchait les magnétos.
Rose : I need a monkey, sur le premier album, est typiquement un morceau né des répétitions : quand nous l'avons retrouvé sur une de nos bandes, aucun d'entre nous ne se rappelait l'avoir joué ! Pour autant, tout n'est pas livré au hasard et à l'improvisation. L'important, dans Salaryman, c'est que nous restons focalisés sur le format chanson. Je ne supporterais pas de partir dans une de ces jam-sessions où il ne commence à se passer quelque chose qu'au bout d'un quart d'heure. Je m'ennuierais à mourir.
Depuis les débuts de Salaryman, vous utilisez des téléviseurs comme fond sonore et comme éléments perturbateurs. D'où est venue cette idée ?
Encore une fois, de façon totalement hasardeuse. J'aime beaucoup la télévision comme décor sonore. La première fois que nous avons répété sous le nom de Salaryman, j'ai dit aux autres : "Attendez une minute, je vais allumer la télé". Il n'y avait rien de conceptuel là-dedans, ce n'était qu'un moment d'inspiration. Et ça a été lumineux. Il faut dire aussi que nous n'avions pas beaucoup confiance en nous. Nous nous sommes dits : "Quitte à ce que les gens s'emmerdent à nos concerts, autant qu'ils aient un écran à regarder pour passer le temps"... (...)